Rattachée aux éditions du Septentrion, la collection Hamac se spécialise dans la fiction contemporaine de qualité. Ses collections, Hamac carnet et Hamac classique, s’attaquent respectivement à la publication de récits de voyage et de romans historiques ou d’époque. Hamac est reconnu pour avoir découvert de vrais talents, certains couronnés de prestigieux prix. Hamac dépasse la sphère d’influence de Montréal en publiant au Québec. Bref, la collection Hamac, on adore.

Le programme éditorial de l’automne 2017 est tombé. On le feuillette. Il y a deux recueils de nouvelles d’Emmanuel Bouchard, une pièce de théâtre d’Alexis Martin, une version revue du premier roman d’Éric Simard, les récits d’Olivier Sylvestre et un roman de Daniel Leblanc-Poirier. Ce sont des auteurs que l’on connaît et que l’on aime.

Oui mais voilà, ce sont tous des auteurs, DES AUTEURS MASCULINS. Pourquoi?

Dans la littérature occidentale, comme dans bien d’autres domaines, les femmes ont dû se battre pour exister. Il y a eu le silence et l’anonymat. Puis, à partir du XIXe siècle, de nombreuses plumes féminines ont éclot. C’est véritablement dans la seconde partie du XXe siècle que la place des femmes en littérature va exploser. Les auteures ont réussi à investir tous les genres d’expression littéraire. Pourtant, lorsqu’on reçoit une programmation comme celle d’Hamac, on est en droit de se demander : quelle est la place laissée aux femmes par l’institution littéraire?

Chercheuse au département d’études littéraires de l’UQAM et spécialiste des questions féministes, Lori Saint-Martin s’est intéressée à la place accordée aux femmes dans les sections livres de six quotidiens internationaux. Les livres écrits par les hommes occupent très souvent une plus grande place. Les productions féminines connaissent également de catégorisations aux connotations dégradantes quand elles ne sont pas apposées aux productions masculines.

On le voit dans la littérature populaire. Les femmes qui écrivent de la littérature un peu légère, un peu rose, on appelle ça de la “chick lit” et tout de suite, on comprend que ce n’est pas sérieux. Mais un auteur comme Stéphane Dompierre, par exemple, qu’est-ce qu’il fait si ce n’est pas de la “gars lit” ? En fait, il n’y a pas de nom dépréciateur lorsque c’est un homme qui écrit. Or ce n’est pas plus profond, c’est ni mieux ni moins bien, c’est la même chose en fait. Mais dans un cas, on a une étiquette prête à apposer. » explique Lori Saint-Martin.

Du côté des prix littéraires, en 23 ans d’existence sept femmes ont obtenu le prix des libraires du Québec. En 32 ans de prix Goncourt, seulement 10,6% d’écrivaines se sont vues primées. Les lauréates sont minoritaires partout (le Femina, le Médicis, le Renaudot…)! Cela s’explique historiquement, puisque la littérature traditionnelle a occulté la production des femmes tout comme l’institution littéraire a reconnu d’avantage les textes d’hommes. Les femmes sont, aujourd’hui encore, victimes d’un puissant sexisme.

Lori Saint-Martin prend l’exemple des cours de littérature :

Il y a une bataille menée depuis très longtemps dans les milieux universitaires qui considèrent le masculin comme étant universel et représentatif. Cette bataille, on n’arrive pas à la gagner. Quand on fait remarquer à des professeurs qu’il n’y a aucune femme dans leur corpus, ils tombent des nues. Je trouve cette innocence répétée un peu suspecte. Ce n’est pas la première fois qu’on en parle, ça fait au moins 30 ans que des féministes se posent ces questions. Rendu là, je crois qu’on peut parler de manspreading culturel. »

La collection Hamac va-t-elle tomber des nues en réalisant qu’aucune femme n’apparaît dans sa programmation de l’automne 2017?

Hamac a publié récemment d’excellents romans d’auteures tels que Déterrer les os de Fanie Desmeule, Making-of de Claire Legendre et Janvier tous les jours de Valérie Forgues (chroniqué ici). Parmi les écrivaines de la collection figure Françoise Bouffière, Hélène Lépine et Lynda Dion. De la grande et belle littérature. On compte donc sur Hamac pour continuer à lancer des talents, DES TALENTS FÉMININS.

– Marina Seuve

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