Célibataire depuis des années, à chaque réunion de famille, soirées avec mes copains casés (et leurs mioches qui s’amusent autour de nous) ou retrouvailles avec d’anciens collègues, je me heurte aux éternels: «Pis les amours?» «Comment ça se fait que t’es ENCORE célibataire?»

Honnêtement? Comment tu veux que je le sache? Je fais mon possible, mais ce n’est pas si évident…

En parlant avec des gens plus âgés, je comprends mieux ma situation : le couple n’est plus ce qu’il était.  Qu’est devenu l’amour, le vrai : celui pour lequel on fait des sacrifices, celui pour lequel on caresse des projets à courts-moyens-longs termes sans s’effrayer de notre humeur du lendemain?

Peut-être a-t-on trop vu de couples rester ensemble par habitude ou par dépit; peut-être que c’est à cause de la nature animale de l’homme qui vient se foutre des conventions instaurées par une société aseptisée et contrôlante, mais le fait est que la cause numéro un des ruptures demeure l’infidélité et ce qu’elle entraîne en questionnements chez le bafoué comme chez le bafoueur.

Conte du Mile End , de Jean-François Lesage, s’ouvre sur cette réalité, alors que l’inadmissible a été commis et avoué. Severyan est meurtri, mais amoureux. Sa douce, Daria, est rongée de remords et perdue dans ses sentiments. Où cela les mènera-t-il? Une distance s’impose : Daria doit mettre de l’ordre dans ses idées et Severyan faire le point sur la situation.

Déambuler, aller prendre un pot avec des copains dans un bar ou à l’Oratoire, se «changer les idées» en mettant en perspective sa situation à travers l’expérience des autres.  Est-ce possible de réellement pardonner? Peut-on donner sa liberté à quelqu’un et tenir la promesse de l’attendre jusqu’à ce que la bougeotte lui passe? Et  quand cette personne revient, est-ce vraiment possible de l’accueillir sans que la cassure ne se ressente? Une relation ouverte : ça fonctionne? Qu’est-ce que l’infidélité? Mais aussi, qu’est-ce que la fidélité? Beaucoup de questions, dont je vous le souhaite, vous n’attendez pas la réponse de la part d’un film – aussi près du documentaire puisse-t-il se situer – et qui sont explorées à travers les rencontres, certaines plus fortuites que d’autres, que fait Severyan au cours de son errance dans les rues du Mile End.

Certaines réponses vous rebuteront, vous feront rigoler, vous ressembleront ou vous sembleront impertinentes, mais elles ont le mérite d’être assez variées et de rassembler un échantillon plutôt représentatif de la faune nocturne du Mile End.

Conte du Mile End est un film très personnel, autant dans sa thématique que dans la façon il est traité. On s’accroche à un personnage, à sa situation, de sorte que l’on peut noter le décalage entre les rencontres prévues et les impromptues : on vise l’ensemble, mais on se rapproche davantage du portrait par moments, ce qui le rend difficile à définir… comme le sujet traité finalement!

J’avais autant d’attirance que d’appréhension à aller voir ce film. De l’appréhension parce que je ne suis pas hispter et que j’avais un peu peur qu’on tombe dans l’autosuffisance. De l’attirance, parce que j’étais curieuse d’entendre ce que des gens de mon âge avaient à dire sur le sujet.  Après coup, je ne crierai pas au génie, mais j’ai apprécié mon visionnement: centré davantage sur l’humain que le trendy, il aide à se faire une tête sur la question. Ce matin, je n’ai peut-être pas davantage de réponses à mes questions, mais j’ai au moins la confirmation que je suis loin d’être la seule à être totalement dans le néant niveau amoureux.

– Vickie Lemelin-Goulet

Conte du Mile-End, à l’affiche du 6 au 12 décembre à l’Excentris

http://cinemaexcentris.com/Conte-du-Mile-End