Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it! À suivre tous les lundis.

C’est la première semaine de l’été et vous pensez déjà aux vacances. Comment ça se passe les vacances dans le milieu culturel? Évidemment, ce n’est pas pareil pour tout le monde. Le grand milieu culturel est un secteur d’activités hétérogène qui regroupe des artistes, des travailleurs autonomes et des salariés.

Dans mon cas, je suis à la direction d’un organisme culturel depuis 10 ans : mes vacances ressemblent beaucoup au reste de mon année. C’est-à-dire, répondre à des courriels urgents, me retrouver dans des événements culturels et m’assurer que mon organisme va survivre au prochain budget.

Quand on est à la direction d’un organisme culturel, on est un peu comme à la tête d’une PME : jamais vraiment tout à fait en vacances. Toujours une demande de subvention à faire, un rapport à terminer, « oups le système d’alarme vient de se déclencher », « ah pis faudrait bien que je passe chercher la poste ».

Dans mon ancien travail, à la coop culturelle Paradis, je me suis déjà retrouvée un 24 décembre à déboucher la toilette des gars qui coulait dans la cuisine du bar… Ou, à mon 8e mois ½ de grossesse, à minuit et quart, à gérer une foule d’adolescents qui entraient et sortaient de la bière allègrement un soir de spectacle. The show must go on, comme on dit.

Il y aussi la situation où, dû à un sous-financement chronique, les organismes doivent fermer leurs portes l’été et mettre tout le monde au chômage. Ça fait des vacances un peu moyennes, sans argent, et en ne sortant pas du Québec parce qu’il faut être en recherche d’emploi.

Il y a aussi l’inverse pour ceux qui travaillent dans l’événementiel, les spectacles, les festivals. Quand tout le monde est en congé, ils gèrent une horde de bénévoles, installent des stages en dessous de la pluie ou sont en mode résolution de problème quand la tête d’affiche de leur événement est prise aux douanes sans passeport.

Et puis ça fait quoi un travailleur culturel en vacances… Ça va au théâtre, au musée ou dans les festivals? Pas facile de décrocher quand les loisirs des uns sont le travail des autres. Tout le monde a sa recette pour « tirer la plug », la mienne? Je saupoudre mon année de vacances.

Dès que je sens que mon niveau d’énergie est bas, je prends quelques jours, parfois même une semaine en plein milieu du mois de novembre s’il le faut. C’est une question de survie. Le burn out est fréquent dans le milieu, et le jour où vous vous effondrerez en larmes sur votre plancher de cuisine, il sera trop tard pour vous reposer.

J’ai aussi un portable qui contient mon bureau au complet. Je peux travailler de partout, même les deux pieds dans le sable. D’ailleurs, quand il y a eu grève générale trois jours à l’aéroport de Berlin au printemps dernier, ma chambre d’hôtel s’est transformée en version allemande du Conseil de la culture.

Bref, les vacances c’est sérieux : il ne faut pas niaiser avec ça. Prenez au moins quelques jours cet été. Il y a de fortes chances que vous retrouviez tous vos beaux dossiers dans le même désordre au retour, mais au moins vous serez dans une meilleure version de vous-même.

Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

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