Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it! À suivre tous les lundis.

Geneviève Beaumont, journaliste et romancière, disait de l’obéissance qu’elle était une forme canonisée de la paresse. Pourquoi vous parler d’obéissance dans ma chronique? J’avais envie de vous faire réfléchir sur la façon dont vous agissez dans une situation qui implique de l’autorité. L’autorité peut se matérialiser sous la forme d’un subventionneur, d’un directeur, d’un metteur en scène, d’un chef d’orchestre…

Concrètement, l’obéissance est le résultat de l’exercice de l’autorité et du consentement des personnes à qui elle s’adresse. C’est en quelque sorte le statu quo.  L’obéissance, c’est aussi quand une personne modifie son attitude ou sa conduite pour obéir ou se soumettre aux ordres directs d’une autorité qu’elle juge légitime. Il faut toujours garder en tête que devant une figure d’autorité – patron, président, supérieur direct – l’être humain obéit parfois sans même se poser de questions.

C’est surtout à Stanley Milgram (1975), psychologue américain qui cherchait à vérifier le niveau d’obéissance des gens devant une figure d’autorité, que nous devons les recherches sur l’obéissance. Il a démontré que l’autorité est une source d’influence extrêmement vigoureuse. L’autorité peut se cacher chez une personne, dans un symbole comme un uniforme par exemple ou dans un ensemble social comme le gouvernement. Même dans des cas extrêmes, où une figure d’autorité demande à quelqu’un de faire des choses qui vont à l’encontre de toute moralité, la grande majorité des gens vont obéir. Ça donne des frissons, vous ne trouvez pas?

Un des exemples les plus marquants des dernières années et le plus ancré dans notre mode de vie contemporain est en fait un dérivé des expérimentations de Milgram : Le jeu de la mort. Il s’agit d’un faux jeu-questionnaire télévisé sous la forme d’un documentaire, où une animatrice demande à des participants de donner un choc électrique potentiellement mortel (why not?) à un autre participant quand il ne répond pas bien à la question. Encore une fois ici, et les résultats ont même surpris les chercheurs, la majorité (81%) des gens ce sont soumis à l’autorité de l’animatrice (représentant l’influence des médias), même s’ils mettaient la vie d’un autre être humain en danger.

En regardant le documentaire, je me suis dit : mais c’est impossible, je serais sans l’ombre d’un doute dans les 19% de gens qui ont quitté le plateau pour s’insurger contre ce concept complètement débile. En même temps, les gens sélectionnés en étaient à leur première expérience télévisuelle. Ah, le pouvoir d’une caméra braquée sur quelqu’un! Quand même, 81% des gens ont continué à envoyer des décharges à l’autre participant qu’il ne pouvait pas voir parce qu’il était dans une autre pièce, mais qui gémissait de douleur en suppliant son bourreau d’arrêter les décharges. 81% ont continué de donner des décharges même si l’autre participant ne répondait plus par ces cris de douleurs. Était-il mort? Peut-être, comment le savoir? Pourtant, les participants (81% dois-je le rappeler) continuaient de pousser sur le bouton sous les ordres de l’animatrice. Et vous, que feriez-vous?

Voici quelques situations où je vous incite à la désobéissance :

– Si un journaliste vous appelle pour vous demander une entrevue, vous n’êtes pas obligé de dire oui. Combien de fois ai-je vu des organismes ou des artistes qui se mettent les pieds dans les plats en donnant des entrevues à des mauvais moments ou sur des sujets qui ne devraient pas être abordés médiatiquement? Trop souvent.

– Vous pouvez refuser une subvention. Oui oui, ça peut paraître complètement fou de refuser de l’argent, mais si vous demander 10 000 dollars pour organiser un évènement et que finalement vous obtenez seulement 5 000 dollars, il faut se demander si le projet est toujours viable. Encore une fois, on se lance parfois dans des projets fous avec si peu d’argent que ça finit par être du bénévolat. Ce n’est pas interdit de faire du bénévolat, mais il faut le faire par choix, pas par obligation.

– Vous pouvez, comme musicien, refuser de jouer pour des cachets ridicules. Ça vaut pour les expositions sans cachet aussi.

Et vous, êtes-vous obéissant?

Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

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