Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it! À suivre tous les lundis.

La saison des impôts s’en vient. Je sais, ça fait frémir, surtout si, comme moi, vous n’êtes pas du genre à classer vos factures par ordre alphabétique. Quand on est salarié, les impôts, c’est plutôt simple, mais quand on a le statut d’artiste… c’est autre chose. Les difficultés sont – disons-le- nombreuses.

Je sautais de joie dans mon salon quand j’ai reçu ma première bourse d’écriture! Wouaaaa 15 000 dollars! Me voilà maintenant « mégasupra » riche! Bon, on se calme. Les bourses arriveront de manière aléatoire dans votre vie. Vous n’aurez pas toujours des réponses positives. Il y aura des moments où vous recevrez de bons montants d’argent soudainement, et d’autres où vous regretterez peut-être d’avoir tout dépensé dans un trek au Guatemala. Recevoir une bourse équivaut à recevoir une paye brute. Aucune déduction n’est prélevée. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que vous devez garder en tête que vous aurez à reverser une portion de cet argent à l’impôt.

Une autre difficulté vécue régulièrement par les artistes au moment des impôts, c’est la multiplication des statuts. Une année par exemple, je cumulais les chapeaux de salariée d’un organisme culturel, salariée de l’université comme auxiliaire d’enseignement, d’étudiante à la maîtrise, de travailleur autonome/artiste et de chômeuse, puisque mon organisme fermait ses portes durant la saison estivale.

Je ne suis pas un cas d’exception. Très peu d’artistes arrivent à vivre uniquement de leur art au Québec.  Ça mène à une évidence : si vous essayez de faire vos impôts avec un outil en ligne, vous allez peut-être souffrir de combustion spontanée ou c’est carrément votre ordi qui va fondre. Blague à part, ce n’est pas une mince tâche de jongler avec tous ces statuts et de s’en sortir sans devoir ré-hypothéquer la maison qu’on n’a pas encore réussi à acheter. À preuve, la fameuse année de ma première bourse,  j’ai dû environ 3000 dollars à l’impôt (moi qui avais toujours retiré de l’argent).

Voici donc quelques conseils en vrac pour vous éviter une crise d’eczéma aiguë:

Dès que vous commencez à recevoir des bourses pour des projets artistiques, vous devenez en quelque sorte un travailleur autonome. Il faut donc commencer à garder toutes vos factures. Plusieurs dépenses deviennent déductibles d’impôt (une portion du loyer si vous y avez un espace bureau, l’électricité, votre cellulaire, la papeterie, les déplacements liés au projet, les réparations sur la voiture, etc.). Même une rencontre au restaurant, si elle est faite dans le cadre du projet, peut être déductible d’impôt. Noter au verso de la facture avec qui vous étiez et pour quel projet. Même chose pour une chambre d’hôtel ou l’essence pour un déplacement.

Ouvrez un compte distinct pour la gestion de votre projet artistique. Il sera beaucoup plus facile de faire le suivi et le rapport de coûts de votre projet si tous les revenus et les dépenses sont au même endroit et pas entre l’achat d’une boîte de tampon et un deux pour un à la pizzeria.

Prenez un comptable qui s’y connaît en comptabilité de travail autonome, et encore mieux, avec la comptabilité pour les artistes. Il y a chaque année des changements dans les crédits d’impôt disponibles : c’est important que votre comptable soit au fait de toutes les subtilités.

Prenez un comptable…tout simplement. Je sais que ça peut paraître onéreux de payer quelqu’un pour faire ses impôts, mais la bonne personne vous fera vraiment économiser beaucoup d’argent. Ça fait toute la différence du monde.

– Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

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