Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it!

Avez-vous lu le récent dossier dans La Presse + traitant de la santé mentale des artistes en tournée? On y apprend entre autres qu’une étude britannique démontre que « plus de 70% des musiciens auraient déjà éprouvé des symptômes de troubles anxieux durant leur carrière. » À l’instar de la chanteuse de Groenland, Sabrina Halde, ça ne m’étonne pas du tout. Aux musiciens nous pouvons ajouter pas mal tous les artistes et travailleurs culturels. Dans le milieu, les dépressions et burn-outs sont monnaie courante.

Toujours plus de productivité pour toujours moins d’argent. Est-ce qu’un musicien va vraiment faire un show 25% moins bon si son cachet est 25% plus bas qu’à l’habitude? Bien sûr que non… Est-ce qu’un travailleur culturel passionné va réduire la cadence suite à des compressions à son budget d’exploitation? Encore une fois, c’est bien souvent l’inverse qui se produit : on redouble d’ardeur.

Je suis tout comme vous (qui avez été attiré par le titre de ce billet) incapable de décrocher. Je travaille très souvent sur mes billets de blogue la fin de semaine en plus de finaliser maints dossiers pour mon organisme. Je pourrais faire semblant que je passe mon temps libre à lire Faust en sirotant un expresso décaféiné ou encore à tapisser mes fonds de tiroir de cuisine avec du papier peint vintage, mais non… C’est faux! Travailler dans un organisme culturel (et de surcroît à la direction), avoir une pratique artistique, c’est du 24 sur 24 et du 7 jours sur 7. Ma tête est toujours pleine de projets encore inachevés, en plus de ceux que je devrai démarrer parce que la date limite de la demande de subvention arrive à vitesse grand V.

Dès qu’on pose notre tête sur l’oreiller, nos paupières deviennent l’écran parfait pour diffuser un budget qui ne balance pas, une to do list en cours, des problèmes de ressources humaines à régler et plus, plus, plus… Merde,  mon afficheur indique que le système d’alarme vient de se déclencher au bureau! C’est un cercle vicieux : travailler réduit notre niveau d’anxiété parce qu’on a l’impression d’avancer, alors qu’inversement poser du papier peint vintage dans un fond de tiroir nous fait hautement culpabiliser. Résultat, vous voilà atteint de workaholism aigu, à ne pas confondre avec le workalcoolisme qui est un tout autre problème (boire sur la job, c’est mal).

Plusieurs études démontrent que la capacité à récupérer a un impact majeur sur la performance. Un professeur de l’Université d’Oslo en Norvège, dont la thèse porte sur l’épuisement des athlètes d’élite, fait remarquer avec beaucoup de justesse que les médaillés ne sont pas ceux qui se sont le plus entraînés, mais plutôt ceux qui ont la capacité de récupérer entre deux entraînements.

Quoi faire pour bien décrocher?

1. Un détachement psychologique complet du travail
Oui oui, je sais, à moins d’avoir un emploi qu’on déteste, se détacher psychologiquement de son emploi est passablement ardu. Surtout quand on a donné notre numéro de cellulaire à tout le monde.

2. Une relaxation menant à un état de calme
Une bonne séance de yoga. Inscrivez-vous donc à Wanderlust Tremblant cet été! Un autre truc pourrait être de fixer un mur en tentant de détecter la teinte exacte de blanc « Humm, ça semble être un blanc bois de grève de fin août début septembre! ».

                                   (Faites-nous le plaisir de ne pas essayer ça dans votre salon!)

3. L’engagement dans une activité différente où l’on éprouve un sentiment de maîtrise
Évidemment quand on travaille dans le milieu culturel, les loisirs de 90% de la population se transforment en travail pour nous : spectacle, cinéma, expo, théâtre… Je vous conseille la course à pied, l’haltérophilie ou d’aller voir un show de monster truck. Ça, c’est plutôt dépaysant.

Décrocher n’est pas facile, surtout quand notre travail nous passionne. Ne soyez pas des juges trop sévères à votre propre endroit. Décrocher n’est pas toujours la meilleure chose à faire pour s’éjecter de son travail, car comme le fait remarquer avec beaucoup de finesse Frédéric Beigbeder « Il suffit de ne plus jamais décrocher quand ça sonne, et soudain l’on devient très important ».

Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

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