Le 8 mars 1971 se déroulait le premier des trois matchs qui opposait Joe Frazier et Mohamed Ali. Testostérone, muscles, divertissement, exaltation. C’est certainement ce qui vient à l’esprit d’un tel duel. Et si, pourtant, la boxe devenait lieu de poésie l’espace d’un moment? Stéphane Picher propose un recueil de poésie aux éditions du Passage qui reprend le nom du match évoqué ci-haut, Le combat du siècle, et aborde la relation père-fils.

La première partie du recueil, Le braconnier, joue beaucoup avec les souvenirs et les rêves d’un petit garçon qui se questionne sur son père, sur leur rapport. Le thème du sang expose un aperçu de la « virilité » que donne le père en exemple en les amenant (le narrateur au nous ne précise jamais qui ils sont) à la pêche. Le lecteur se demande alors pourquoi cette partie s’intitule Le braconnier et non pas Le pêcheur.

La deuxième partie éponyme offre une proposition poétique intéressante ; elle s’articule en rounds de boxe. JE (le fils) confronte TU (le père).

« Au gymnase javellisé de leur amour / ils ont magasiné / leurs mots mâles »

Malgré l’affrontement, on ressent l’amour et l’accueil du fils pour un père qu’il ne comprend pas tout à fait, ou plutôt pour un père qu’il ne comprend que dans sa fonction d’homme, d’héritage. Picher signe quelques vers délicats exprimant la dérive du sujet : « Le combat du siècle est celui / des fils et des pères / leur solitude collier de sable / leurs jointures au goût de gros sel ». La filiation comporte un éternel questionnement des rôles de chacun. Ici, on poursuit la tradition de la révolte et l’ouverture à la communication.

Ce recueil contient plusieurs chemins intéressants qui, malheureusement, se dispersent par moment au travers des différentes parties. Dans la troisième partie, on tente timidement une poésie plus engagée en abordant Jackie Robinson, un joueur de baseball noir. Cet aspect revendicateur d’une certaine restitution du « héros noir » n’apparaît nulle part ailleurs, sinon l’évocation d’Ali dans le titre même du recueil. On cherche à parler de l’enfance et du souvenir sans grande transition avant le combat de boxe. Enfin, on saute quelques périodes charnières (l’adolescence, par exemple) au profit d’un récit plus intuitif.

Bien que les combats de boxe déterminent un gagnant tôt ou tard, Picher nous signifie avec sa poésie que le seul gagnant est le lecteur. C’est lui qui récolte tous les fruits des réflexions et qui a la possibilité d’intégrer quelques conseils implicites dans son quotidien. Il reste à espérer que certains pères mettent la main sur cet ouvrage, qui sait si les patriarches ne peuvent changer de perspective au contact d’une telle sensibilité.

– Victor Bégin

Le combat du siècle, Stéphane Picher, éditions du Passage, en librairie le 21 février 2018.

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