Est-ce du théâtre? Certainement! Mais pourtant… Plutôt du cinéma? En effet, mais… De la danse? Je pense… Mais qu’est-ce que c’est? C’est Cold Blood.

Le concept de « nanodanse » vous est peut-être étranger. Pourtant, qui n’a jamais monté des histoires avec ses mains comme personnages? Un peu d’imagination suffit pour que deux doigts se transforment en paire de jambes, et la main en corps. Faites danser cette main dans des décors miniatures, filmez le tout et projetez l’image en direct sur un écran au-dessus de la scène : vous avez ce que le collectif Kiss & Cry est parvenu à créer dans son spectacle Cold Blood.

Grâce à la scène transformée en véritable plateau de tournage, le spectateur assiste à la réalisation du spectacle simultanément à sa projection. L’équipe travaille dans l’obscurité et le silence, mais avec précision et finesse. Mais alors, où porter notre attention? Car l’habileté technique de la réalisation est toute aussi fascinante que l’histoire projetée. Et c’est le mélange des deux qui fait la force du spectacle : il nous est donné à voir le derrière des coulisses pour mieux saisir la complexité de la réalisation. La valeur de l’oeuvre réside alors autant dans sa conception que dans sa résolution.

Mais parce qu’il y a toujours un mais malgré ses prouesses techniques, le spectacle manque résolument d’un contenu narratif fort, d’une intention autre que le simple culte de la beauté. Car Jaco Van Dormael, que l’on connaît bien pour la réalisation de Mr Nobodyécrit d’une plume adolescente et pleine de candeur, encore fascinée par les thèmes poncif d’amour, de mort, de beauté. Le romantisme dépassé depuis plus d’un siècle refait surface un peu maladroitement. Parfois touchante, mais souvent banale, la voix hors champ qui narre le spectacle manque décidément d’originalité : son apport au spectacle est moindre, tant l’image parle d’elle-même. Le spectateur n’a pas besoin de se faire mener dans une histoire quelconque qui vient gêner la poésie de l’image.

Est-ce une pièce à voir? Assurément. La conception technique du spectacle est tout à fait fascinante, et mérite une grande considération. À la croisée des formes, la danse, le théâtre et le cinéma se mélangent dans un ballet somptueux. D’ailleurs, malgré son aspect assez expérimental, la « nanodanse » est étonnamment accessible et appréciable pour tous. Elle nous fait retomber dans le monde féérique de l’imaginaire, où une main devient le plus polymorphe des personnages. On souhaite seulement que le collectif Kiss & Cry, qui connaît déjà un succès retentissant, parvienne à monter un prochain spectacle qui fasse preuve d’une plus grande finesse dans les propos.

Anthony Dubé

Cold Blood, du 25 au 28 avril 2018 à l’Usine C. Pour toutes les informations, c’est ici.

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