Crédit photo: Marc-André Goulet

Nadia Essadiqi. Ce nom, on l’entend beaucoup ces temps-ci. On a vent de bons échos de son groupe La Bronze, des compliments qui fusent sur son talent de comédienne dans les webséries Projet M et Quart de vie… Au théâtre, ça donne quoi? C’est que je voulais découvrir en allant voir Le cœur animal, dont Essadiqi est l’auteure, au Théâtre La Chapelle.

D’emblée, le spectateur est précipité dans l’amour fou, l’amour grand de Laura et Thomas. Mais dans leur univers aussi, un brin enfantin et funky, qui a parfois des allures de sitcom des années 90 (allô Watatatow) ou de dessin animé japonais (oui oui). Bien vite, on découvre que cet amour est interdit, impossible, caché. Et tout aussi rapidement, on voit la volonté des deux protagonistes de ne jamais perdre cette relation parfaite sous TOUS les aspects selon eux.

Dans une mise en scène d’Ariane Castellanos, Nadia Essadiqi, candide et très juste, interprète à merveille Laura, jeune fille à l’imaginaire débridé. Très amoureuse, presque incapable de recul, elle vit collée à Thomas. Si ce n’est du corps, de l’esprit. De son côté, Julien Lemire se débrouille bien dans la peau du jeune homme fougueux et excessif.

Habité d’une belle poésie, de formules poignantes, le spectacle donne parfois l’impression d’être le ramassis des plus belles métaphores accumulées dans le journal intime d’une personne qui a le sens de la formule. C’est le fun, c’est punché, mais à force de s’accumuler sans queue ni tête, le sens risque de se perdre. Ou du moins l’émotion dans ce cas-ci, qui semble cachée derrière ces courtes phrases lapidaires très évocatrices certes, mais ô combien personnelles à la personne qui tient la plume.

Et ça devient un peu hermétique. Ce qui est dommage, puisque l’histoire entre Laura et Thomas, on le devine, a de quoi émouvoir n’importe quel blasé. Fort, romantique, intense (très intense), l’amour qui relie ces deux êtres est hors norme. Tellement, que les plus cyniques risquent même de rouler les yeux plus souvent qu’à leur tour devant la naïveté et le romantisme qui dégoulinent de certains passages du texte.

En tout et pour tout, Le cœur animal renferme des parcelles presque éblouissantes de beauté (vous me permettrez bien une petite formule en passant par-là), mais présente un tout inégal qui crée des ruptures de ton et d’émotions plutôt dérangeantes. Dérangeantes parce que le potentiel, assez fou merci, est vraiment là. Devant nous. Presque à portée de main. Reste à voir si cette œuvre pourra l’atteindre lors d’une (souhaitée) prochaine version.

– Mélissa Pelletier

Le cœur animal, au Théâtre Lachapelle du 28 octobre au 1er novembre.