Mustang de la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven.  Crédit photo : production

L’année tire à sa fin. C’est donc l’heure des bilans et des rétrospectives. Loin de vouloir jouer dans le jeu du meilleur de ceci, des coups de cœur de cela et des films qui pourraient se retrouver avec des statuettes pleins les bras durant la prochaine année, je vous offre quelques suggestions de films qui ont apporté une dose considérable de fougue et de ténacité à l’année cinématographique 2016, des documentaires et des longs métrages de fiction qui ont permis d’ouvrir nos horizons de façon vivante et singulière face à des paysages sociaux différents et importants.

L’idée n’est pas ici de trouver l’obscur film que personne n’a vu, mais bien de revenir sur certains grands élans du cinéma contemporain qui ont, à leur façon, touché le cœur de leur public.

Voici donc cinq œuvres utiles et percutantes qui méritent votre attention. Elles sont placées en ordre de sortie en salle, sauf pour un film qui n’est malheureusement disponible que sur la plateforme de Netflix.

MUSTANG de Deniz Gamze Ergüven

Il a représenté la France dans la catégorie Meilleur film étranger lors de la dernière cérémonie des Oscars, car il y avait de quoi tomber sous le charme de ces cinq jeunes sœurs turques qui tentent de fuir les mariages forcés prévus selon les principes de leur famille. Coscénarisé par la réalisatrice, avec l’aide d’Alice Winocour (Augustine), Mustang est un film fort où les personnages sont interprétés de façon exceptionnellement juste. Ici, on ose ne pas jouer les victimes, mais plutôt sauter à pieds joints dans un élan de liberté aussi tragique que rempli de douceur.

 AVANT LES RUES de Chloé Leriche

Ma collègue Maude Levasseur, dans son texte publié sur le film au mois d’avril dernier, a trouvé les mots justes pour parler de ce film d’une importance capitale pour les Premières Nations, en particulier pour le peuple atikamekw. Je vous invite donc à vous y référer en cliquant ici. Avant les rues est un devoir de mémoire important qui commande le respect.

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Avant les rues de Chloé Leriche. Le devoir de mémoire pour panser les plaies. Crédit: production

MERCI PATRON! de François Ruffin

Tout simplement jouissif! J’ai fait un texte sur ce film lors de sa sortie en octobre dernier. Le documentaire Merci patron!, qui tend un piège au milliardaire Bernard Arnault avec une habilité formidable, dénonce avec force, mais tout en humour, la descente aux enfers que vivent d’anciens travailleurs pour donner avantage aux profits du patronat.

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Merci patron! de François Ruffin. Jouissive arnaque.  Crédit photo : FunFilm Distribution

DIVINES de Houda Benyamina

Houda Benyamina a offert l’un des discours de remerciement les plus fougueux de toute l’histoire du Festival de Cannes en mai dernier, alors que son film remportait la Caméra d’Or. Le fameux « T’as du clito! » envoyé à son producteur, et répété à maintes reprises, a perturbé de belle façon l’assistance glamour et tout en fond de teint. La réalisatrice guerrière a connu la tournée des festivals avec son œuvre, qui permet à Dounia (inoubliable Oulaya Amamra) et Maimouna (excellente Déborah Lukumuena), deux jeunes filles vivant en banlieue de Paris, de découvrir les pièges dramatiques de la rue qui brisent à jamais les illusions. Bien que le film soit magnifique sur grand écran, il n’est disponible que via Netflix. Divines y est présenté depuis la mi-novembre. Une œuvre au souffle divin de par son cri primal qui nous déchire le cœur.

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Divines de Houda Benyamina La rage de vivre. Crédit photo : production

LE GOÛT D’UN PAYS de Francis Legault

Et nous y sommes encore. À se questionner sur nous-mêmes. À nous chercher encore et encore. À tenter de trouver le bon chemin pour notre futur. Juste à voir Fred Pellerin et Gilles Vigneault réunis, ça donne des frissons de réconfort. Les deux sages parlent avec beaucoup de poésie et de sensibilité des Québécois, avec en parallèle le printemps et sa récolte de sirop d’érable. C’est beau à en pleurer. C’est porteur pour une bonne discussion entre amis et une réflexion qui reste longtemps en tête. C’est un documentaire tout en conscience et en questionnement, comme une méditation sur une montagne. On y est baigné par son calme, ses joies, ses peines, ses rires, sa jeunesse, sa sagesse et les combats qui ont forgé les Québécois et qui se perpétuent. Le documentaire est encore à l’affiche dans certains cinémas. Ne ratez pas la chance de vous faire bercer par lui. Allez-y donc en famille, juste pour se souvenir.

 

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Fred Pellerin, le réalisateur Francis Legault et Gilles Vigneault dans Le goût d’un pays. La conscience de notre sève. Crédit photo : FunFilm Distribution

À venir pour 2017

Dans la même veine des films qui démontrent fougue et courage, la prochaine année cinématographique apportera sur les écrans du Québec le gagnant de la Palme d’Or 2016, soit I, Daniel Blake (Moi, Daniel Blake) de Ken Loach (The Wind That Shakes the Barley, Bread and Roses), dont la date de sortie est prévue pour le 10 mars.

Je triche ici, car je sais bien que ce réalisateur britannique émérite n’est pas méconnu. Du moins, je l’espère! Loach est l’une des légendes du cinéma social contemporain. Pourtant, il reste en marge et continue de donner la parole, avec l’aide de son fidèle scénariste, Paul Laverty, et de sa productrice dévouée, Rebecca O’Brien, à celles et ceux qui n’ont pas d’espace public pour le faire. Avec I, Daniel Blake, Loach signe un film sensible et humain qui montre avec simplicité et justesse les méandres de la bureaucratie sociale britannique, alors que Daniel Blake (Dave Johns), un menuisier de 59 ans qui survit à une crise cardiaque, doit se battre comme un fou afin de recevoir de l’aide sociale pour survivre. Lors de son odyssée, il fera la rencontre d’une jeune mère monoparentale. Ils tenteront ensemble de s’épauler à travers les difficultés de la recherche d’emploi et de la pauvreté. Astérix cherchant le laissez-passer A-38, dans Les 12 travaux d’Astérix, l’a eu plus facile!

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L’infernale bureaucratie sociale britannique et l’empoisonnement de la pauvreté sont décriés dans I, Daniel Blake du réalisateur Ken Loach, qui sortira sur nos écrans en mars 2017. Crédit photo : Mongrel Media

C’est un retour en force pour Ken Loach, deux ans après avoir présenté le très moyen Jimmy’s Hall. Avec 50 ans de carrière derrière la cravate, le réalisateur est toujours un phare important pour le cinéma social. Sa colère et son indignation restent intactes et tenaces. Le signal d’alarme est lancé, à bon entendeur, salut!

Bonne et heureuse nouvelle année cinématographique!

Julie Lampron