Bienvenue dans une partie de mon journal intime. Tu sais, celui qui est rose avec des froufrous. Avec le crayon assorti – bien sûr. Celui qui est gênant et impudique. J’ouvre mon cœur alors ne juge surtout pas, s’il te plaît. Écoute. Assieds-toi confortablement. Oui, oui, je t’en prie. Prends le temps de le lire. C’est un cadeau et cela restera entre nous deux. Promis.

Tout d’abord, je ne viens pas d’ici. Je ne suis pas de Montréal. Je ne suis pas de cette ville que Spiderman aurait beaucoup de plaisir à parcourir pendu au bout de son fil en se servant de son corps tel un pendule.

Comme dirait mon père : «MMMooon Dieu qu’il y a de la taule icitte!!»

Tu auras compris qu’il voulait dire qu’il y avait beaucoup de voitures. C’est évident.

À ma surprise, j’ai rencontré à Montréal plusieurs « exilés ». C’est comme ça que j’aime les appeler. De jeunes gens et de moins jeunes gens qui pensaient trouver succès et richesse dans le béton de la métropole. Des artistes ou pas qui ont l’espoir au ventre. Qui se sont promis d’être heureux et de vivre de leurs rêves. Du monde noble. Après tout, qui ne risque rien n’a rien. C’est tout simple et c’est aussi ça la vie. Chacun à son niveau. Chacun à son rythme. On chante comme l’on veut chanter. On danse comme l’on veut danser. On rit comme l’on veut rire. Encore faut-il le pouvoir…

Tu ne t’es jamais posé de question à savoir pourquoi il existait des « exilés »? Pourquoi certaines personnes de banlieues ou de régions s’agglutinent dans des appartements trop chers tandis que chez eux, tout était tranquille, vert et spacieux?

La réponse, tu l’as en dedans de toi. Dans ton quotidien. Et à un point où tu ne t’en rends même pas compte. Tu sais où sont les soirées slam, les cours de swing, les ateliers d’écriture, les expositions, les spectacles… Chez moi (ou dû moins fût un temps chez nous), il n’y a rien de ça. En tout cas, il faut les chercher avec une loupe et beaucoup de détermination.

Certes, certes, certes et tu as raison, vivre de son art et de ses passions n’est pas facile. Même que plusieurs se butent aux portes de l’industrie jusqu’à s’en rompre le crâne. Pour vivre, on se prostitue. Le réalisateur réalise des pubs. Le comédien accepte les figurations. L’écrivain écrit des lignes chocs et vides dans des revues de cosmétiques. Le musicien joue dans les bars et se fait payer en bière.  On l’a tous fait!

Dans les villages, en dehors de la protection de Montréal, il y a rarement une salle de spectacle. Un théâtre, peut-être, portant fièrement le nom de la municipalité. Souvent, maigrement, il peut servir de refuge à quelques artistes frustrés.

Certaines municipalités se spécialisent même! Va voir le fleuve depuis Saint-Jean-Port-Joli cet été. Oui. Vas-y. Des sculpteurs, mon ami. Il n’y a que ça. Je les aime. Il y en a tellement. Parfait pour se promener sur le port de la petite ville et dans le parc adjacent, aller prendre une bière au petit bar décoré avec goût et regarder le mouvement de l’eau. On peut comprendre les inspirations de tous ces grands qui de bois, de fer, de céramique ou d’autres machins sculptables, fabriquent de leur sang et de leurs mains toutes ces belles choses.

Si je me confie aujourd’hui, hier ou demain, c’est que les régions sont seules et n’ont plus de larmes pour pleurer. Elles n’ont souvent pas d’autobus et encore moins de métro. Elles n’ont pas de gratte-ciels et de gens en cravate. Elles n’ont pas de bars-ultra-taverne-branchés-et-savamment-négligés. Elles n’ont pas la chance de se demander ce qui peut se passer ce soir pour moins de vingt dollars.

                                                                                                    Crédit photo : Véronique Jarry

Un jour, j’étais à Natashquan. Quel doux souvenir, cher lecteur! Le village de cette belle idole : M. Gilles Vigneault. J’étais assis à L’Échouerie (j’y vais de mémoire et je crois avoir toujours raison, donc…). Il y avait un spectacle de pseudo-rock et toutes les lumières des chaumières du village étaient éteintes. Quelques rebelles, n’étant assurément pas au show, étaient restés chez eux. Des grognons, j’imagine.

Enfin bref, il y avait un événement et tous étaient là. Têtes blanches, têtes nues, têtes avec chapeaux, têtes sans chapeaux, têtes jeunes, tous étaient présents. Écoutaient. Applaudissaient. Appréciaient. Je n’ai jamais connu pareil expérience à nouveau.

Je te partage tout ça parce que je ne peux y arriver seul. Seul, c’est toujours difficile. Surtout pour le sexe, mais ça, c’est une autre histoire ; une autre chronique.

Voyage, mon torieux! Va à l’Isle-aux-Coudres! Va au Bic! Va partout, calibine! Donnons raison à ces artistes de rester chez eux. Mettons au monde des festivals, des salons de slam, des regroupements d’écriture, des salles de spectacles. Faisons de l’art la contribution et non le luxe. En région, c’est beau et c’est encore plus beau avec des sculptures, de la poésie, de la musique, de la danse, du théâtre… Mais vous avez tout ça ô grande Montréal. Car les artistes ne peuvent trouver place pour se sentir chez eux par chez nous.

–  Rousseau P.

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