D’abord, c’est le fait divers qui saisit. Au Québec, dans les années 50, Wilbert Coffin est accusé du meurtre de trois chasseurs américains. Après un procès bâclé, parsemé d’irrégularités administratives, Coffin sera condamné et pendu. Inspiré par ces événements, Daniel Poliquin, écrivain passionné d’histoire, a imaginé une autre affaire de meurtres pour laquelle un homme écopera de la peine de mort malgré son innocence. Mais si cette idée est le noyau du roman, il ne faut pas croire que l’auteur s’y limite.

Les nuits où il y avait pendaison, la cloche du pénitencier tintait: dix coups pour les femmes suppliciées, sept pour les hommes; après, on hissait le pavillon noir sur la prison. Quand ce fut au tour de Blewett de passer à la trappe après que la cloche eut marqué le septième coup, le jeune père Bouffard comprit que sa vocation avait vécu. »

Autour de cette prémisse, Poliquin invente des personnages forts que l’on découvre avec plaisir. Au moyen de sauts dans le temps, leurs vies avant et après l’incident nous sont révélées, nous permettant de reprendre contact avec nos sociétés passées. Nous voyageons donc de la campagne gaspésienne à la ville de Québec, de Montréal et d’Ottawa, en passant par les années 40, 60 ou 90 (approximativement). Tout nous est raconté du point de vue de la narratrice (la rouquine du titre), mais à quel point peut-on s’y fier, elle qui était absente lors de la moitié des événements dépeints?

Ce stratagème permet de faire un clin d’œil à notre tradition orale, à notre langue teintées de multiples cultures, à nos ancêtres. Il faut saluer le style de l’auteur, qui parsème ses envolées lyriques d’accents joual. Cela confère au texte un rythme poétique qui régale. Il entretient les mystères qui se créent lors de la passation du savoir, autour des mythes familiaux et nous renvoient peut-être, dans le meilleur des cas, aux secrets cachés au sein de nos propres familles. Par contre, vient un moment où tout ceci étourdit et on se demande où l’auteur veut nous entraîner.

En entrevue avec Le Droit, Daniel Poliquin dit avoir peu retravaillé le texte avec son éditeur, et ça se sent. Si par instant, une énergie presque animale transpire du roman, ailleurs, on a l’impression d’assister à l’émergence d’une idée aussitôt abandonnée. Tantôt le livre fait l’effet d’un hommage aux femmes fortes, victimes de leur époque, tantôt il semble un exercice d’improvisation littéraire. (Pourquoi la bisexualité de la narratrice est-elle pertinente? Peut-être n’y ai-je pas vu la métaphore voulue, mais je me suis demandée plusieurs fois pourquoi on m’en parlait).

L’auteur explore certaines pistes à la va-vite. Est-ce une ruse pour faire passer son propos (dans la vie, on ne trouve pas réponses à toutes nos questions)? C’est ainsi que la poésie qu’il avait d’abord installée fiche le camp pour nous laisser avec cette impression de roman terminé hâtivement. Dommage. Ce texte aurait pu être une grande oeuvre, mais nous offre plutôt un gentil divertissement.

Rose Normandin

Cherche rouquine, coupe garçonne, Daniel Poliquin, Boréal, 2017

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