Ceux et celles d’entre nous qui ont suivi les travaux de la Commission Charbonneau ont probablement ressenti de la frustration, du désabusement, de l’incrédulité et oui, parfois, de l’amusement. Mais Hugo Blouin, lui, passionné depuis longtemps par la musicalité du réel et admirateur de l’œuvre de René Lussier, a été tout autant frappé par les mélodies des voix des témoins que par les mensonges et les « histoires pas d’allure » qu’elles racontaient. Il a donc décider d’en faire un album qu’il décrit comme étant « post-moderne 3.0 jazz fucké ».

L’album s’ouvre avec la très amusante « Does it mean bateau? », qui comprend plusieurs citations savoureuses dignes des dérapages poétiques, comme le « Je me rappelle pas, mais je le savais pas » de l’ancienne ministre des Transports, Julie Boulet; le « C’est vrai, c’est absolument faux! » de l’ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay, ou le « Je pense que la température est une chose importante » de l’entrepreneur Giuseppe Borsellino. Ici, le contraste entre le ridicule de ces déclarations et le sérieux avec lequel elles sont chantées, presque sensuellement, sur un accompagnement de ballade jazz, ne laissent planer aucun doute; on est ici à deux pieds dans la dérision et la satire.

Ce qui n’est pas toujours le cas. D’autres fois, Blouin a surtout tenté de renforcer les émotions derrière les témoignages. Après tout, il y a probablement plus de vrai dans ces émotions que dans les mots qui ont été dits. Ainsi, d’autres pièces sont plutôt graves et tragiques. La colère et l’agitation transcendent « La retraite », qui est la pièce la plus rock de l’album; on entend une certaine naïveté dans « Le winibago », plus ludique; et la tension et la confusion pèsent sur « L’appel », une menace faite à un entrepreneur qui s’était aventuré à Montréal au grand déplaisir de son sinistre interlocuteur.

On dénote même un soupçon de compassion dans « La responsabilité », sorte de complainte de l’idiot utile (« Je ne suis pas une personne naïve/Je fais confiance ») qui se démarque par sa sensibilité et sa tristesse. Le tuba de Julie Houle, délicieusement déjanté, amène une certaine dose de confusion qui nous laisse croire que nous nageons dans les délires d’un esprit trouble et déconnecté.

La pochette de l’album

Même si ces pièces, composées de façon à imiter les mélodies et les rythmes des voix parlées, ne sont pas des plus accessibles et aisées à chanter (saluons d’ailleurs le travail de Kathryn Samman, qui relève le défi avec beaucoup de grâce et de virtuosité), vous vous surprendrez peut-être, après quelques écoutes à chantonner « Does it mean bateau? », « Le prix est truqué » ou encore « Son frère, sa sœur, son père, sa mère, et cetera ».

La totalité des chansons se trouve sur la page Bandcamp du projet.

– Guillaume Francoeur

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :