Crédit photo: Mathieu Doyon

Pour faire un pied-de-nez à l’industrie culturelle qui exige des chorégraphes une production rapide et constante, Mélanie Demers a demandé à des artistes de « remixer » ses œuvres. C’est ainsi que ses créations Junkyard/Paradis et Goodbye se sont retrouvées à nouveau à l’Usine C, du 12 au 14 mars, mais sous une forme différente grâce à des collaboratrices et collaborateurs issu-e-s du monde du théâtre, de la musique et de la littérature, dont Olivier Choinière, Catherine Gaudet, Catherine Vidal et DJ Poirier.

Version améliorée?

Si les remix donnent parfois d’heureux résultats en musique, on ne savait pas trop à quoi s’attendre d’un tel « échantillonnage » scénique. Mélanie Demers elle-même semblait douter de son spectacle, disant lors de son discours de présentation qu’elle s’était sentie à la fois heureuse et inconfortable durant le processus de (re)création : «C’était comme si je portais mes souliers, mais à l’envers.» Malgré tout, elle a tenu bon jusqu’au jour J et peut être fière de MAYDAY remix, bien réussi dans l’ensemble. Dynamique, loufoque, intelligent, éclaté, le spectacle a semblé plaire à la plupart des spectatrices et spectateurs.

 

De grandes envolées et une finale en chute libre 

Les « Fermières Obsédées » ont commencé le bal en se déchaînant sur des percussions enduites de beurre d’arachides, en hurlant et en faisant éclater des ballons sous une pluie de confettis. Cette performance « défoulante » mais tout de même peu originale a laissé place à la partie la plus intéressante du spectacle : la magnifique revisite de Junkyard/Paradis par Catherine Vidal. Cette metteure en scène a su garder l’essence de la création tout en lui insufflant plus de lumière et d’humour. Parmi les scènes les plus fortes, notons celle où on voyait un homme étrangler une femme sous les airs de « It’s a Man’s, Man’s, Man’s World » de James Brown, et celle où les interprètes s’enduisaient l’un-e et l’autre de Nutella en feignant une bagarre à la fois sordide et sexy.

Durant l’entracte, le public ne s’est pas ennuyé grâce aux performances qui ont eu lieu dans les salles de bain de l’Usine C. Ce n’est pas tous les jours qu’on se fait offrir des « free smiles » par une femme nue à l’air macabre dans une toilette aux murs recouverts de poupées! C’est lors de la deuxième partie que le spectacle s’est quelque peu gâté : la création Goodbye, si forte dans sa version originale – pour lire sa critique, c’est ici –, a perdu des plumes dans sa nouvelle version. D’abord, la période des échanges avec le public s’est éternisée lorsque les interprètes ont demandé : « Il y a trois choses importantes dans la vie : l’amour, la mort et la mort de l’amour… Avez-vous quelque chose à ajouter? » La suite a également présenté des longueurs : les interprètes ont décrit les gestes qu’ils auraient faits durant le spectacle plutôt que de les poser. Un jeu avec la représentation qui, même s’il était intellectuellement intéressant, est vite devenu lassant. Malgré une deuxième partie un brin décevante, MAYDAY remix s’est avéré un exercice de création bien fignolé, qui a rendu justice au grand talent de Mélanie Demers.

– Edith Paré-Roy