Photo : Yves Renaud

La Cenerentola de Rossini, c’est l’histoire de Cendrillon, ou Angelina de son vrai nom. Créé le 25 janvier 1817 au Teatro Valle de Rome, ce drame joyeux en deux actes s’inspire des contes de Perrault et des frères Grimm à quelques différences près. Ainsi, il n’y a ni fée marraine, ni citrouille. À la belle-mère tyrannique, s’impose un beau-père ingrat et parcimonieux. Et à la pantoufle de verre, fait place un bracelet scintillant, seul indice pour retrouver la mystérieuse inconnue. Présentée à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, le chef d’orchestre José Miguel Pérez-Sierra, qui fait ses débuts à l’Opéra de Montréal, assure la direction musicale. D’une bonté désarmante et vêtue de haillons, Cendrillon est incarnée par la mezzo-soprano Julie Boulianne. Entourée d’interprètes dont les prestations sont à couper le souffle, une véritable magie opère. Il ne reste que trois représentations à La Cenerentola. Pressez-vous de tomber sous le charme de cette œuvre prodigieuse composée en trois semaines par l’illustre Gioachino Rossini, seulement âgé de 24 ans au moment de la création.

Ornées de perruques à la Marie-Antoinette, c’est-à-dire hautes et monumentales, l’une rose, l’autre jaune canari, les deux demi-sœurs, Clorinda et Tisbe (Laurence Margison et Rose Naggar-Tremblay), sont fidèlement représentées dans cette version. Très contrastées, l’une vêtue d’une robe verte, l’autre rose, elles passent leur temps à se chamailler. Les motifs de leurs costumes rappellent d’ailleurs un côté bouffon, tout comme leur père Don Magnifico (Pietro Spagnoli) vêtu de pantalons bouffants mauve et coiffé d’une perruque de la même couleur. Quant au prince Ramiro (Juan José De León), il est nettement plus proactif. Ingénieux et rusé, il enfile les habits de son valet Dandini afin de sonder le véritable amour. C’est ainsi qu’il fait la rencontre de Cendrillon, tous les deux tombant littéralement sous le charme l’un de l’autre. Quant à Dandini (Vito Priante), il aura la responsabilité, déguisé en prince, d’élucider la vraie nature des demi-sœurs de Cendrillon. Alidoro, philosophe et tuteur du prince, dont le costume parsemé d’étoiles rappelle celui d’un magicien, usera de ses pouvoirs pour permettre à Cendrillon de se présenter au bal.

Clorinda, Dandini et Tisbe / Photo : Yves Renaud

Une mise en scène digne d’un conte de fée

Qui dit opéra, dit grandiose. Appréhendant le flafla, les couleurs criardes et tapageuses, la mise en scène de Joan Font évite le kitsch, tout en dressant une galerie de personnages époustouflants et majestueux. L’impression d’entrouvrir un conte et de laisser place aux images, aux couleurs et à un songe défiler sous notre regard ébahi. Autant les costumes et le décor conçus par Joan Guillén que le jeu et les prestations vocales des artistes sur scène, tout est réussi.

Le décor, un foyer surplombé d’une immense cheminée trône au centre de la scène. Un escalier menant à une passerelle permet de circuler à l’étage où se trouve les chambres de Clorinda et Tisbe. Le décor se transforme en salle de bal à la fin du premier acte. D’immenses portes se dressent, laissant entrer la mystérieuse inconnue vêtue de blanc.

Les jeux de miroirs, d’ombres et lumières suscitent l’émerveillement. La présence de souris (des danseurs déguisés), y allant de quelques pas de danse, ajoutent une touche cocasse au spectacle. Leur coquinerie les rend attachantes.

Angelina entourée de souris et Ramiro / Photo : Yves Renaud

Un opéra-bouffe porté par des interprètes chevronnés

La particularité d’un opéra-bouffe est de faire rire. Le secret de Rossini? Composer des partitions dont le rythme affolant subjugue littéralement le public. Un véritable tour de force pour les interprètes qui usent de vélocité, parfois en duo, en trio et même en sextuor. Et que dire des partitions où les personnages tentent de s’expliquer l’amour du prince pour Cendrillon. Chacun saute dans la partition tour à tour, leurs voix nuancées s’élevant dans un crescendo vibrant jusqu’à un tutti percutant. La présence du chœur composé des serviteurs du prince ajoute également de l’ampleur aux voix. Tout simplement magistral. Soulignons également la performance de Julie Boulianne qui utilise une technique de chant complexe nommée « bel canto » composée d’ornements, de vocalises et de nuances qui nécessitent une virtuosité vocale impressionnante.

Cendrillon, n’est-ce pas le plus beau des contes? La bonté du cœur et le véritable amour qui triomphent des apparences. Laissez-vous donc raconter cette si belle histoire.

– Edith Malo

La Cenerentola de Rossini, présenté par l’Opéra de Montréal, mis en scène par Joan Font et dirigé par José Miguel Pérez-Sierra, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 11, 14, 16 et 18 novembre 2017. Pour plus de détails, c’est ici.

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