Ivan Jablonka a troublé la France en 2016 avec la publication de Laëtitia ou la fin des hommes, essai qui lui a valu le Prix Médicis. Il y relatait un fait divers comme il y en a encore beaucoup trop dans les médias : le meurtre d’une jeune femme de 18 ans. L’écrivain en fait une enquête sur la condition des femmes et sur les comportements des hommes envers elles. Les attentes envers sa prochaine publication étaient donc hautes. En camping-car, ce récit des vacances de jeunesse de l’écrivain, s’inscrit dans un tout autre ordre d’idées.

En se basant sur ces journaux de l’époque, Jablonka relate les nombreux étés qu’il a passé en famille à parcourir les pays d’Europe et la Californie en camping-car. On comprend assez vite que sans les journaux intimes, il n’y aurait pas eu de livre, ou plutôt le résultat aurait été bien différent. L’écrivain met souvent en relation ses souvenirs et ce qui était consigné par écrit et se surprend de la différence entre les deux. Cet aspect de l’ouvrage est particulièrement bien tourné parce qu’on a accès à une certaine nostalgie, mais ce n’est pas que ça non plus : le jeune Ivan ne mâche pas ses mots quand vient le temps de dépeindre les longues heures sur la route ou d’affirmer qu’il préfère lire Les Misérables de Victor Hugo plutôt que de visiter un autre site historique.

À travers tous ces  souvenirs, Jablonka embranche des faits historiques, raconte l’histoire des camping-cars, ou comment historiquement, le camping est devenu un loisir ainsi qu’un mode de vie. On reconnaît la plume de l’historien, les mises en contexte ajoutent une teinte sympathique au texte et lui confère une certaine profondeur bien dosée par rapport au ton intime de certains passages.

Alors, oui, Jablonka nous rend tous jaloux avec son récit presque mythique sur cette vie on the road. À travers son regard, on voyage, on explore, on est touchés par les liens forts qui rapprochent ces familles sur la route. À lire pour rêver de l’été tant attendu, et pour les mordus de camping.

Extrait:

« Mais, quand nous n’étions plus heureux (quand mon père croyait que nous ne l’étions plus, parce que nous jouions au tarot au lieu d’admirer le paysage), il était immédiatement malheureux, rongé par le chagrin et la culpabilité. L’euphorie se retournait en vertige. Les failles de son enfance se rouvraient jusqu’à devenir un gouffre, son bonheur y tombait et, à nouveau il s’en voulait de ne pas être capable de nous rendre pleinement, absolument, définitivement heureux : notre pseudo- malheur lui faisait entrevoir son impuissance de père, mais aussi la précarité de son enfance, c’est-à-dire, en fin de compte, sa blessure. »

– Elizabeth Lord

En camping-car, Ivan Jablonka, Éditions du Seuil, 2018.

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