Crédit photo : Maciej Ostrowski

Chaque rang porte sa masse d’accidents niaiseux, de malheurs enfouis, de caves jamais cimentées et de greniers qu’on ne visite plus, même plus pour chasser les souvenirs, parce qu’on ne sait plus quoi se rappeler et qu’il n’y a plus personne pour le faire.  Chaque maison a embaumé ses vivants et veillé ses morts.  Même enterrés au village, ils n’ont jamais quitté leurs lots.  Et maintenant, ils revenaient pour moi.  Ou plutôt, moi, j’allais vers eux. »

David Gagnon, jeune homme abîmé par la vie, décide de reprendre la terre ancestrale pour y cultiver son rêve d’agriculteur, rénover la maison familiale et écrire son grand roman québécois. Ce qui est fâchant avec Borealium Tremens de Mathieu Villeneuve, c’est que ça aurait pu être un grand roman. Malheureusement, à la fin de la lecture, on doit se rendre à l’évidence : les six premières pages de l’œuvre sont les meilleures.

Lorsqu’il est en mode narratif, Mathieu Villeneuve a une superbe plume. Il sait raconter le terroir avec image et passion, convertissant la nature du Saguenay en paysage intérieur. Avec un astucieux mélange d’influences et de clins d’œil, il construit un univers vivant qui témoigne admirablement de la ruralité québécoise. On est devant un conteur et c’est lorsqu’il embrasse cette identité que Villeneuve est capable de grandes choses.  Pourtant, c’est avec ce même talent qu’il se tire dans le pied, alors qu’il a tendance à un peu trop annoncer les choses à venir.

Le problème se trouve d’abord dans les dialogues qui, ma foi, sont dignes d’un téléroman de Fabienne Larouche. ABSOLUMENT TOUT est dit. Il n’y a aucun sous-texte. Villeneuve, visiblement, ne veut pas que son lecteur réfléchisse.  Ces dialogues farfelus ont un impact direct sur la construction des personnages, qui sont tous unidimensionnels.

Si on est dans le conte, je comprends l’envie de jouer avec les archétypes, mais dans un roman, on veut un peu de chair autour de l’os, du moins autre chose qu’un artiste incompris, une brute sentimentale, une ancienne maîtresse sexy et un village peuplé d’habitants débiles. La gradation psychologique du personnage principal est infime (il arrive en crisse et un peu dérangé, il finit ben en crisse et délirant) et les véritables motivations de son entêtement sont difficiles à saisir.

Le mystère entretenu est faux, puisque le roman et ses soi-disant punchs sont visibles dès les premiers chapitres. Les fils sont gros et le suspense absent. On est devant une histoire de fantômes, une histoire de maison hantée, une histoire de claustrophobie qui aurait pu s’élever au-dessus des genres, mais on tombe plutôt dans un ramassis de clichés, ce qui rend la lecture un peu ennuyante.

Borealium Tremens se lit comme un excellent premier jet, mais le manque de travail de révision nous empêche de nous retrouver devant un excellent premier roman.  C’est dommage parce qu’en lisant les plus beaux passages,  ceux qui flirtent avec le lyrisme, nous avons la preuve que l’auteur est capable de grandes choses. Mathieu Villeneuve est définitivement un auteur à surveiller.

Rose Normandin

Borealium Tremens, éditions La Peuplade, 2017, 347 p.

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