Susciter le questionnement autour d’une discipline est certainement la meilleure façon de la faire se développer. Marie Béland, chorégraphe en pleine ascension, est une fervente de cette façon de faire et sa dernière création Bleu-Vert-Rouge, présentée à l’Agora de la Danse du 23 au 26 janvier, ne fait pas exception. Ou plutôt si.

À force de vouloir rompre ou faire différent, plusieurs créations finissent par se ressembler. Si, par le descriptif : réflexion sur la danse contemporaine, vous vous attendez, comme c’était mon cas, à des métaphores d’érudits suggérées par l’association de couleurs sur fond de musique grinçante, rêvez toujours. La compagnie Maribe sors de ce corps a prévu de vraies surprises pour son public.

Le fameux adage: «trop c’est comme pas assez», Marie Béland l’exploite à fond. Dans notre culture de l’instantané, les produits de consommation et de divertissements pullulent et leur qualité s’en ressent. Sollicité de toutes parts, il devient de plus en plus difficile pour le spectateur de cerner l’essentiel. Dans cet ordre d’idées, Bleu-Vert-Rouge est marqué par la multiplication des moyens de capter l’attention. Ombres chinoises, marionnettes de couleurs, projections, téléviseurs, danse, chant et acrobaties, rien n’est épargné pour entraîner le public dans l’univers déjanté de la culture de masse où l’on juge faits et individus à partir de séquences filmiques ayant clairement subit un montage. Téléréalité comme chaînes spécialisées, on s’en prend au cliché en général, à la culture populaire basée sur l’artifice. De l’hipster au douchebag, personne n’y échappe.

Trois couleurs, trois individus. Leur dynamique rappelle tantôt un ménage à trois, tantôt un triangle amoureux, selon l’approche choisie.  C’est que tout au long de la présentation, des changements de perspectives sont apportés et rendus fluides, entre autres, grâce aux divers supports énoncés plus tôt, mais également grâce aux répliques, peu nombreuses, qui reviennent incessamment et s’appliquent différemment selon le contexte dans lequel ils sont placés.

Mise en contexte ou redite? Marie Béland ne prétend pas répondre à ces questions, mais elle peut se targuer de les susciter. À chacun son interprétation, même en ce qui a trait à la performance elle-même. De l’aisance et de la souplesse dans les mouvements, des références complices, des dialogues urbains et actuels agrémentés de moments de folies à l’état pur, Bleu-Vert-Rouge est un hybride. Une formule touche-à-tout au goût du jour qui repense un modèle longuement établi.

-Vickie Lemelin-Goulet

Bleu-Vert-Rouge, présentée à l’Agora de la Danse du 23 au 26 janvier