Crédit photo: Jean-François Hétu

Opéra-tango est bien le terme pour décrire La bibliothèque interdite à l’affiche au Théâtre de Quat’Sous. Cette création originale du bandonéoniste Denis Plante a été mise en scène par Brigitte Haentjens et Sébastien Ricard, qui campe un poète idéaliste à la langue bien pendue. Et bien plus encore, car si l’on retient quelque chose de ce théâtre musical, c’est que les imaginaires s’entrechoquent et les références historiques pleuvent.

C’est dans un Buenos Aires des années 1941 que le public est plongé après que Denis Plante se soit adressé à la salle dans une prémisse explicative à l’histoire du spectacle. Un récit qui fait la lumière sur la manière dont il est entré en possession de documents appartenant à un poète qui aurait mystérieusement disparu, et comment il a perdu lesdits documents. L’histoire de La bibliothèque interdite est tout de même née. Seulement, il nous met en garde : les lignes entre la fiction et la réalité sont floues. Peut-être que tout ce qu’il raconte n’est qu’un tissu de mensonge.

Au son du bandonéon de Denis Plante, qui est accompagné sur scène du guitariste Mathieu Leveillé et du contrebassiste Francis Palma, se dévoilent les traits du poète qui est avant tout le concierge de la bibliothèque interdite. Il est enlevé par l’inspecteur Barracuda, personnage d’un tango qu’il aurait écrit, laissant derrière lui, chien, fiancée et enfant à naître. De sa captivité, entre récitatifs et chansons au ton révolutionnaire, le poète finit lui-même par perdre le fil du réel. Les histoires qu’il relate, tirées des romans qu’il a lus, prennent vie sur scène. Et donc, ne soyez pas surpris d’une conversation entre Astérios, le minotaure et Polyphème, le cyclope.

Mais ce poète, qui est-il ? À travers le texte, on peut saisir au vol les allusions à l’histoire et faire le rapprochement avec Jorge Luis Borges, lequel a travaillé dans une bibliothèque avant d’en devenir le directeur en même temps que sa cécité devenait définitive. Comme le personnage de cette histoire qui se rend compte de son destin ; qu’il n’était pas captif, mais choisi. Le spectacle se veut un hommage à plusieurs écrivains et poètes qui prirent la plume pour condamner la montée du fascisme en Argentine. On aurait tout de même voulu le voir de manière plus apparente dans la structure même de la pièce et dans le texte. Pourquoi ne pas faire apparaître les personnages de la littérature sud-américaine comme ceux de la mythologie grecque ?

Dans la peau du poète méconnu, Sébastien Ricard semble à son aise, offrant une prestation, investie, allant jusqu’à nous offrir quelques pas de milonga. Les dédoublements de personnage ne sont jamais chose aisée et Ricard apporte à chaque fois les nuances nécessaires pour nous convaincre. En chanson également. Celui qu’on était habitué à voir parmi les Loco Locass change de registre pour un résultat honnête. Remonter le fil de l’histoire est le pari de ce spectacle, de manière plus fantastique que réaliste. Un voyage poétique vibrant qui nous fait dire qu’avec les mots, tout est possible.

Rose Carine Henriquez

La bibliothèque interdite est présentée au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 13 avril. Pour toutes les informations, c’est ici.

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