Le livre d’art Bagages, mon histoire est paru aux éditions de la Bagnole le 28 mars dernier. Le livre – quinze poèmes d’immigrants adolescents appuyés par autant de portrait à l’huile – est d’une beauté surprenante  : l’écriture se déploie simplement, mais est d’une maturité percutante.

Le projet est né d’une rencontre entre Rogé, Simon Boulerice et Kim Thuy. Simon Boulerice, qui co-signe la préface avec Kim Thuy, offre des ateliers d’écriture aux classes de nouveaux arrivants de l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont depuis quelques années. À partir de là, quelques fragments d’écrits se sont glissés dans un spectacle, dans un film (Bagages: le film), puis dans ce livre d’art. Rogé, formidable illustrateur, signe les portraits à l’huile. Kim Thuy fut celle qui organisa la rencontre entre les deux hommes.

Quels sont les bagages de l’immigrant? Comment les fait-il ? Est-ce que l’immigration est une expérience joyeuse, triste? Qu’elle soit vécue comme un arrachement ou une joie – ou les deux-, l’expérience est riche et complexe et contient autant de réponse que d’individu : « Je suis une Chinoise / Avant de partir / J’étais un oisillon en cage / Un jour, par le hublot / Un paysage inédit / Forêts, montagnes, ciel bleu / Arrivée à Montréal / Je sors » (Shuning Dou). Chaque poème est autant de point de départ vers une discussion riche avec son enfant pour discuter de la réalité immigrante, mais également pour constater nos ressemblances.

Dès 4 ans, les enfants sont invités à la découverte de ce livre. Il est effectivement tout à fait pertinent et accessible pour les tout-petits. Les mots sont simples, transparents sans pour autant diminuer leur portée  : « Je débarque et je frissonne / Je prévoyais moins de froid /  Première morsure de neige / C’est de la mélancolie inédite / En Corée du Sud / Les trottoirs ne sont pas glacés / Ici, je tombe » (Jiyun Hwang).

Au mot « immigration » est collé toutes une série d’autres mots, de statistiques, de préjugés et la pertinence de ce livre est dans le fait d’y coller d’autres mots : beaux et poétiques enfin. Sortir de l’ignorance passe aussi dans le fait de regarder, ce à quoi nous invitent les portraits à l’huile, à la fois lumineux et sobres. Comme l’affirme l’illustrateur « prendre le temps d’observer et d’écouter nous enrichit de tant de trésors. Ce livre est pour moi une pause à travers le tumulte du quotidien, pour nous faire découvrir la beauté de l’autre » – et par extension, la nôtre.

Léa Rouleau

Bagages, mon histoire : poèmes de jeunes immigrants illustrés par Rogé, Les Éditions de la Bagnole, 2018. Les poètes ont choisi de verser une partie des droits d’auteur au CACI (Centre d’appui aux communautés immigrantes).

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