Crédit photo : Magali Cancel

Avec déjà plusieurs représentations sold-out à son actif et des supplémentaires déjà affichées, l’œuvre qui avait d’abord vu le jour au festival du Jamais Lu l’année dernière prend cette fois d’assaut les planches de la grande salle du Théâtre La Licorne. C’est ainsi qu’hier nous était présenté Baby-Sitter, une pièce mise en scène par Philippe Lambert et écrite par Catherine Léger.

Cette production du Théâtre Catfight en codiffusion avec La Manufacture raconte l’histoire de Cédric, un employé d’Hydro Québec et papa d’une petite de cinq mois, ayant brisé Internet le temps d’une joke sexiste. Suite à ses propos dégradants, dont la vidéo cumule plus de 200 000 vues sur YouTube, il se lance dans l’écriture d’un livre d’excuses – qu’il nommera Sexist Story – un genre de recueil de rédemption à sa misogynie latente. L’accompagne dans ce processus Nadine, sa conjointe en congé de maternité, son frère, un journaliste au syndrome du Saint-Bernard et une énigmatique gardienne qui viendra malgré elle bouleverser leur quotidien.

Avant la pièce, je tentais de l’introduire, du mieux que je pouvais, à l’amie qui m’accompagnait : « Je pense que le texte va être cru et drôle. Un genre de bonbon théâtral, mais dans lequel se trouve un message pareil. On va passer un bon moment, mais ne nous attendons pas à ce que ça change nos vies, disons. » J’adore avoir tort.

Avec Baby-Sitter, Catherine Léger propose un texte solide, plein d’aplomb, qui touche par la justesse voire l’actualité du propos. L’auteure parvient du même coup à nous faire rire à nous en mordre le dedans des joues. À la fois humbles et audacieux, les mots de Léger frappent là où ça fait mal, ou du moins, là où c’est sensible.

Est mise en lumière la complexité de la femme existant dans un monde d’hommes parallèlement à l’homme vivant dans un « nouveau » monde où la femme commence à être tannée d’évoluer dans cedit monde d’hommes. Le tout est livré sans pour autant être moraliste. Faut le faire quand même!

Le féminisme, disons-le, est un sujet dont les limites sont encore à établir. Particulièrement de nos jours, les débats foisonnent, les opinions s’entrechoquent, le juste milieu est encore à définir et les tabous encore à défaire. Ceci dit, Léger arrive à dépeindre un portrait démocratique de la chose en faisant entendre plus d’une perspective sur le sujet. L’auteure épluche les facettes du féminisme par des discours tantôt aberrants, tantôt éloquents et presque toujours drôles. C’est ainsi que le public est autant appelé à juger qu’à magnifier certains points de vue. Si la question n’est pas réglée, ici, l’important est qu’on se questionne.

                                                                                                      Crédit photo : Magali Cancel

Dogmes, absurdités et réalités sidérantes se succèdent créant, somme toute, un panorama plutôt exact de l’état de la réflexion actuelle entourant le féminisme. Les personnages, tout comme notre société, se positionnent d’abord fermement, puis se trompent et réalignent – deux fois plutôt qu’une – le tir. S’il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée, c’est rassurant de savoir changer notre fusil d’épaule.

Les quatre comédiens portant la pièce rendent cette comédie, par instants cinglante et par moments émouvante, avec brio. Heureusement, la mise en scène n’est pas tombée dans le piège du pastiche en caricaturant ces personnages déjà clichés. Le quatuor d’acteurs réussit avec adresse à nuancer son jeu. Mon coup de cœur revient à Steve Laplante qui est – ma foi! – fort crédible. On l’aime autant qu’on le haït. La musique pour sa part tient un rôle important faisant le pont entre les maintes scènes. Benoît Côté à la barre de la conception musicale livre un beat moderne et accrocheur qui prend au corps.

Bref, Baby-Sitter est à voir, à entendre et surtout, à savourer.

Garance Philippe

Baby-Sitter, présentée à La Licorne du 18 avril au 10 mai 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

Production Théâtre Catfight en codiffusion avec La Manufacture
Texte Catherine Léger • Mise en scène Philippe Lambert
Avec David Boutin, Isabelle Brouillette, Victoria Diamond et Steve Laplante
Décor, costumes et accessoires Elen Ewing • Éclairages Étienne Boucher • Musique Benoît Côté

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