Liz Worth signe un roman étonnant chez XYZ Éditeur cet automne : Avant que tout s’effondre. Ang, une jeune adulte, tente de survivre dans un monde post apocalyptique glauque où il n’y a plus aucune règle qui subsiste. C’est la loi du plus fort et du plus sournois qui s’installe dans cette ville du futur.

Ang, avant même cette apocalypse, était portée par un désir d’autodestruction très intense. « On était obsédés par l’autodestruction parce que c’était la chose à faire. Même s’ils ne voulaient pas se l’avouer, il y avait tellement de gens qui étaient prêts à mourir. C’était le romantisme d’une génération désabusée. »

Elle fait la rencontre de Hunter, leader d’un groupe punk marginal, avec qui elle conclut un pacte de suicide. Ces jeunes, souvent drogués et désillusionnés, ne savent plus vers quoi se tourner pour rester en vie, pour croire en quelque chose. Finalement, elle survit seulement pour être témoin de l’apocalypse: une sécheresse suivie de pluie acide où les corps des gens implosent. Son attachement à Hunter reste profond et est mué par un amour malsain autant qu’adorateur : « Je me suis toujours demandé combien de fois j’allais souhaiter qu’il ne l’ait pas fait. Ou combien de fois j’allais souhaiter finir ce qu’il avait commencé. »

Après la «Fin», certains groupes musicaux subsistent et s’élèvent au rang de religion pour ceux qui ont survécu. Le groupe Shit Kitten désire devenir le Nouvel Ordre mondial : « Le nouvel ordre mondial: un prélude / Quand le dernier jour sera écrit, le monde brandira deux pages et ils diront SHIT KITTEN. Et vous vous tiendrez autour de nous, souriant avec vos dents qui pourraient découper des étoiles. Le véritable nouvel ordre mondial: un féminifeste / Ceci n’est pas une conspiration, mais un nettoyage, une table rase. Quand le Nouveau Monde émergera, seuls les plus forts resteront. » Ang adhère à cette pensée, mais n’hésite pas à poursuivre sur sa voie d’autodestruction en abusant d’une drogue appelée grayline : un mélange de champignon et de cendre humaine.

C’est donc dire que ce n’est pas un esprit de survie qui la meut, mais plutôt ce désir d’autodestruction toujours aussi fort. Et avec raison: le monde dépeint par Liz Worth est sans merci, sans espoir et d’une cruauté terrorisante. C’est un des points forts du roman : les descriptions du monde sont fortes et le langage utilisé pour en parler est cru et sans détour, à l’image du roman. Le monde de terreur nourrit l’atmosphère, ce qui teinte l’écriture. L’un nourrit l’autre, parfois de surréalisme, parfois de poésie, souvent d’horreur. Liz Worth a su doser le tout afin de donner un roman intéressant pour les fans de ce genre ou pour ceux qui voudraient s’y initier.

– Elizabeth Lord

Avant que tout s’effondre, Liz Worth, XYZ Éditeur, 2015.