Crédit photos: Anik Benoit

Je suis arrivée 15 minutes après l’heure attendue, juste le temps de me trouver une place dans ce Verre Bouteille remplie d’une belle cuvée de monde. Avec le pedal steel, le lap steel, les guitares et l’harmonica sur les planches, il se dégageait des arômes de folk et de country prêts à séduire. L’ambiance perlait de chaleur , pendant que le public attendait de savourer le grand cru fransaskois des Productions La Grange, celui que les montréalais ont adopté depuis plus de 10 ans déjà (la chasse gardée des connaisseurs ?). Il ne me restait plus qu’à m’installer confortablement et ouvrir tous mes sens aux fragrances musicales de cette musicienne inégalable (championne du fingerstyle), qu’est l’auteure-compositeure-interprète Anique Granger.

Entourée d’un magnifique bouquet d’invités pour partager la scène et accompagné par son fidèle «All-Star Band»: Pierre Desmarais (basse et accordéon), Roger Miron (guitare et lap steel), Simon Blouin (batterie) et Rick Haworth (guitare, pedal steel et réalisateur de son dernier album), Anique Granger pétillait d’émotions : «  Je ne sais plus quelle étiquette émotive poser sur ce que je ressens en ce moment. » Et l’étiquette, je peux vous l’assurer, portait le meilleur millésime! Depuis la sortie de son nouvel album, Les outils qu’on a, la récipiendaire du prix Édith Butler 2011 (ex æquo avec Lisa Leblanc) de la fondation SPACQ, brillait par la couleur de ses textes, par sa voix enveloppante et sa sonorité «folk-pop», aux racines country, qui a atteint une maturité sans précédent.

 

Anique Granger et Geneviève Toupin

Il faut savoir que la grande dame des prairies roule sa bosse depuis des lunes! Entre 1995 et 2003, l’ex Polly-Esther (en duo avec Rachel Duperreault) avait déjà signé trois albums francophones et parcouru le Canada, l’Europe et les États-Unis (dont une tournée en première partie de Jean Leloup). Et c’est en 2005 que la «folkgirl» décide de poursuivre une carrière solo. Son premier album, Les Pépins, qui a reçu un bel accueil du public et de la critique, lui a fait récolter le prix de l’artiste de l’Ouest par excellence avec la Trille d’or de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), en 2009. Avec son deuxième album solo, Les outils qu’on a, réalisé par Rick Haworth (Daniel Bélanger, Michel Rivard, Paul Piché, Lhasa de Sela, etc.) qui est en nomination dans la catégorie «Meilleur album de l’Ouest canadien» au Gala des prix Trille Or 2013 de l’APCM, Anique Granger façonne un parcours qui promet de briller bien au-delà des plaines! À surveiller de près!

Les titres du DC, Les outils qu’on a, étaient parmi les principales sélections de sa liste pour son «show» avec ses invités, mais la musicienne nous a surpris avec des nouvelles pièces! La chanson, Pour me battre, qu’elle a qualifié en blague comme sa toune « punk-folk » (inspiré d’un documentaire sur des Punks), joue avec cette intensité de «cracher le moton» avec une énergie déconcertante. Et que dire de plus de la touchante interprétation de Mes mains sont sales (co-écrite avec Géraldine Cozier dans le sud de la France aux Rencontres d’Astaffort initié par Francis Cabrel),qui mariait si biensa voix à celle de Geneviève Toupin. La reprise de Everybody knows this is nowhere de Neil Young par Anique et Geneviève avec le All-Star Band, fut digne d’un bel hommage à la légende toujours vivante.

 

Anique Granger avec Joseph Edgar

La prestation de Joseph Edgar, qui a choisi de présenter deux de ses nouvelles chansons anglophones à saveur folk-rock, était une première aux côtés d’Anique. D’entrée de jeu, et à la blague pour éteindre les semblants de feux concernant son choix de chanter en anglais, il a lancé une citation de Christian Roy qui a fait sourire la salle « Je comprends mieux ta langue quand elle tourne autour de la mienne! ». Il y avait de l’énergie à revendre entre Anique et Joseph! Un duo qu’on espère revoir ensemble. Le groupe Harvest Breed qui est arrivé en deuxième partie avec trois des six musiciens dont C-Antoine Gosselin, Marco Gosselin et Maxime Rouleau, a fait monter la température qui avait déjà atteint son sommet. Je ne connaissais pas ce sextuor sherbrookois, anciennement connu sous le nom de Jake and the Leprechauns, qui collabore avec l’ingénieur de son Mark Lawson (l’homme derrière le son de Arcade Fire). J’avoue avoir été charmé par ces trois barbus aux voix d’anges!

Et c’est avec Harvest Breed, Geneviève Toupin, Joseph Edgar et le All-Star Band, qu’Anique Granger a choisi The Chain de Fleetwood mac pour étancher notre soif ! Avec 10 musiciens de haut calibre sur la scène, la finale fut magistralement arrosée d’un vintage des années ’70. L’énergie enlevante des cordes et des voix au rythme des coups de pied, la magie de l’éclairage de René Flageole, le directeur de la programmation culturelle (qui s’est magnifiquement improvisé éclairagiste pour les circonstances) et la qualité sonore du technicien Benoit Bouchard, m’ont fait voyager pour un long moment dans la «time machine» d’une époque révolue… J’avais follement envie d’y rester!

C’est la chanson à répondre Jerrycan de Anique Granger, une véritable réplique à la chanson Marie Cassie popularisée par Édith Butler, qui m’a ramené au présent lors du rappel, dans cet air du 21ième siècle. Celui d’une époque où toute femme indépendante, pour assurer sa survie sur la route, prend bien soin d’avoir toujours avec elle…sa boîte à outils! Une bonne leçon à retenir avant de partir! Cheers!

– Anik Benoit

*Pour tout savoir sur Anique Granger visitez son site web : http://aniquegranger.info/

*Pour écouter et acheter les tounes de l’album Les outils qu’on a : http://aniquegranger.bandcamp.com/album/les-outils-quon-a

*Pour visionner le vidéoclip Pour nous, réalisé par Véronique Tessier et Pierre-Luc Racine :

*Pour visionner le vidéoclip Le beurre et l’argent, avec les images de Pierre-Luc Racine :

*Vous ai-je dit que Anique Granger construit des lap steel ? Pour en savoir plus, visionnez le magnifique vidéo Anique Granger : Les outils qu’on a (épisode 5) de la série La portée des mots, qui est une série de rencontres avec 13 auteurs-compositeurs-interprètes francophones, réalisé par Simon Madore et produit par TFO : 

http://www.tfo360.ca/videos/GP133468/anique-granger-les-outils-qu-on-a