Le saviez-vous? Une adaptation théâtrale de la nouvelle Amok de l’auteur autrichien Stefan Zweig sera bientôt présentée à la Place des Arts! Comme on aime beaucoup – beaucoup – la littérature chez Les Méconnus, on a eu envie de savoir ce que cette nouvelle avait éveillé chez des fans purs et durs de l’écrivain. Le résultat? On a noté la pièce d’Alexis Moncorgé,  Révélation masculine de l’année aux Molière en 2016, à notre agenda.

Amok, ça raconte l’histoire troublante d’un homme, un jeune médecin qui s’est laissé aller à des pulsions qu’il préfère oublier. Sur le pont d’un paquebot en mars 1912, il accepte de raconter son histoire à un inconnu : en exerçant en Malaisie, sa rencontre avec une jeune femme enceinte éveillera chez lui une passion folle, qu’il comparera à l’Amok. C’est quoi l’Amok exactement? Une folie meutrière que vivrait certains opiomanes malais. Du lourd, n’est-ce pas?

Selon Tristan Malavoy, auteur et éditeur de collection aux Éditions XYZ qui est fortement inspiré par Zweig, cette oeuvre qui reste souvent méconnue est pourtant très représentative du travail de l’auteur. «On y trouve – comme dans Le joueur d’échecs – la mécanique des récits emboîtés, que l’écrivain autrichien a beaucoup exploitée; on y trouve aussi la notion d’une confidence facilitée par le fait de s’adresser à un inconnu, qu’on retrouve dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme et ailleurs. On y explore également la lutte entre la raison et la passion, qui sous-tend tout son travail. Et on y assiste à la rencontre des cultures européennes, en particulier de cette mitteleuropa à laquelle il était tant attaché, et du reste du monde.»

 Marie-Pier Lauzon, coordonnatrice au contenu numérique et réseaux sociaux chez Culture Cible, coordonnatrice pour Extra Caramel et Baronmag.com et rédac chef pour PAS PIRE PAS PIRE (dans ses temps libres) insiste d’ailleurs sur cette notion de découverte et même, d’exil. « Je pense que c’est un auteur en marge, qui n’appartient pas à un mouvement particulier, mais qui mérite tout de même qu’on s’y attarde. L’écriture de Zweig incarne l’exil et un sentiment de rupture avec le passé qui transcende le lecteur. On y retrouve des personnages complexes qui sont marqués par des rencontres fortuites, des voyages et des pertes. »

 

Entre littérature et philosophique

Ce qui ressort dans l’amour des fans? L’aspect philosophique des écrits de Zweig, qui va souvent au-delà du talent de conteur. Boris Nonveiller, libraire, le nomme bien vite : « Lors de mes études en littérature et en philosophie, je n’ai jamais vu passer un cours consacré à Zweig ou qui l’aborde. Ça aurait autant pu être en philosophie qu’en littérature d’ailleurs, bien que Zweig n’ait pas tellement écrit de traité philosophique, c’était un essayiste hors pair. Il y a une philosophie qui se dégage de son œuvre, pas une thèse, mais un rapport à l’homme et à l’histoire. Je pense qu’on peut dire que Zweig était de cette dernière génération d’humanistes au sens classique. Et son œuvre peut être vue comme une étude de l’être humain en tant qu’être psychologique, émotif, historique, social. »

Arthurus Dipaquelo, barman pirate (de ses propres dires), étudiant au doctorat en philosophie, aventurier amateur et collectionneur d’œuvres d’art, abonde en ce sens. « Je travaille sur la littérature d’un point de vue philosophique. Je cherche à voir comment la littérature peut transmettre des messages éthiques ou faire découvrir des facettes de la réalité que l’on ignorait. Je suis un lecteur vorace et j’ai rapidement entendu parler de Stefan Zweig. Je me suis attaqué à quelques romans et j’ai été immédiatement séduit. En le lisant on est transporté dans son monde, on s’accroche à ses personnages, à leurs récits… on est comme envouté. »

Amok, oui ou non?

Est-ce qu’on pourra voir ces fans de Zweig à la Place des Arts pour assister à Amok? Arthurus Dipaquelo n’hésite pas une seconde. « Je me fierais à mon amour pour Zweig pour y aller les yeux fermés! » Même son de cloche du côté de Malavoy: « Ce texte a bien vieilli, il a presque un siècle et nous parle d’une époque en particulier, mais ses thèmes résonnent tout aussi fort aujourd’hui. Et puis les nombreuses adaptations qui en ont été faites au théâtre comme au cinéma en témoignent : Amok fait partie de ces oeuvres qui vivent bien  en-dehors du livre. Je serai assurément assis dans la salle! »

 Boris Nonveiller va encore plus loin : « C’est dur de dire si c’est un incontournable sans avoir vu la pièce, quoiqu’elle a été très bien reçue en France. Je dois dire que j’évite d’habitude des adaptations théâtrales de romans que j’aime. Je suis souvent déçu. Par contre, je vois vraiment ce qu’on pourrait faire sur scène avec une œuvre comme Amok. Les romans de Zweig sont souvent des récits enchâssés, il y a en quelque sorte déjà une mise en scène présente dans sa fiction. L’atmosphère y est très importante aussi, il y a beaucoup de potentiel avec un one-man-show comme celui qui sera présenté à la Place-des-Arts. Aussi, c’est une belle occasion de découvrir ou de redécouvrir Zweig. » On se le tient pour dit!

Amok, du 22 au 25 février 2018 à la Place des Arts. Pour toutes les informations, c’est ici.

* Cet article a été écrit en collaboration avec la Place des Arts.

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