Keith Kouna / Photo : Olivier Dénommée

Cette année, deux choses sont arrivées à la toute fin de septembre : des températures automnales et le cinquième festival Agrirock de Saint-Hyacinthe. Comme on ne s’intéresse pas particulièrement à la météo chez Les Méconnus, parlons plutôt de la deuxième chose. Agrirock a eu lieu du jeudi 28 au samedi 30 septembre et a offert son lot de moments mémorables pour les amateurs de bonne musique.

Petit survol de cette fin de semaine où le rock était bien au rendez-vous.

Jeudi 28 septembre

Bad Dylan devant des cérigraphies du Croate Igor Hofbauer / Photo : Olivier Dénommée

Le trio Bad Dylan a ouvert la cinquième édition du festival vers 18 h, avec une performance parfois un peu relâchée, mais très sympathique au Zaricot. Initialement prévu sur la terrasse du bar, le spectacle a été déplacé pour des raisons de logistique. Faut dire qu’un trio de musique électronique implique pas mal plus d’équipements qu’un projet jazz ou folk, alors personne n’a tenu rigueur à l’équipe d’Agrirock pour cet imprévu!

Georges Ouel / Photo : Olivier Dénommée

Belle prestation pour Georges Ouel, un gars du coin qui avait quelques compositions bien senties à proposer en formule guitare-voix. Pas extrêmement loin du style de Georges Brassens, il avait quelques messages politiques à lancer, dédiant Les tomates de la honte à Donald Trump. Il a fini son bref set devant le Marché public de Saint-Hyacinthe avec, pourquoi pas, Salut les amoureux de Joe Dassin.

Robert Fusil / Photo : Olivier Dénommée

Les choses sérieuses ont commencé avec Robert Fusil et les chiens fous. C’était brouillon sur scène, mais franchement entraînant, et la foule était venue en masse pour fêter démarrer quelques moshpits au Zaricot pendant le spectacle. Ça n’aura pris que 20 minutes pour que le chanteur se mette en chest à la demande de ses fans, lui qui était particulièrement en forme, crachant à au moins deux reprises sur un public qui avait l’air d’en redemander. La soirée ne faisait que commencer!

C’est à Tintamare qu’est revenu le dernier mot de cette première soirée. Collectif de neuf musiciens dans la même veine que les Gypsy Kumbia Orchestra et Lemon Bucket Orkestra de ce monde, le groupe de « socio-bruitage » et de « franco-punk-gypsy » n’avait pas fini de faire bouger Saint-Hyacinthe, même s’il se faisait tard et que plusieurs travaillaient le lendemain. On a d’ailleurs dû quitter peu après 23 h, alors que le bar était toujours bien plein de jeunes gens qui avaient envie de fêter et de thrasher. Gardons nos énergies pour la suite!

Tintamare / Photo : Olivier Dénommée

Vendredi 29 septembre

Antoine Corriveau / Photo : Olivier Dénommée

Dès 17 h, Antoine Corriveau donnait rendez-vous à ses fans au Fréquences Le Disquaire pour une petite prestation en solo. Celui-ci s’est présenté de façon étrangement vulnérable, acceptant les demandes spéciales du public, y compris celles dont il n’était plus sûr des accords (mention à Corridor qu’il a tenté avec misère de rejouer), devant un public somme toute indulgent. Faut dire que c’était à la bonne franquette et qu’Antoine Corriveau jouait ses chansons connus et moins connues, sans les enrobages qui lui ont récemment valu une nomination à l’ADISQ.

Tire le Coyote / Photo : Olivier Dénommée

Une heure plus tard, c’était au tour de Tire le Coyote de jouer au même endroit. Benoit Pinette était accompagné de son fidèle guitariste Benoit Villeneuve, plus connu sous le nom de Shampouing, et venaient, en exclusivité, proposer des versions à deux guitares des nouvelles chansons de l’(excellent) album Désherbage, paru une semaine plus tôt. Tire le Coyote, malgré son « maudit chat » dans la gorge, a proposé quelques nouvelles chansons, incluant la reprise Jeu vidéo empruntée de Lana Del Rey, ainsi que des vieilles chansons. Une belle performance pleine d’humour avec un artiste qu’il faudra définitivement suivre de très près à l’avenir.

Chocolat / Photo : Olivier Dénommée

Le reste de la soirée se passe ensuite au Zaricot. Un triplé très rock nous attendait avec, en première partie, Chocolat. Les amateurs du dernier album Rencontrer Looloo ont été servis avec un spectacle énergique,  quoiqu’un peu moins agréable côté mixage. Il est vrai que le groupe ouvrait pour Duchess Says et Les Breastfeeders, alors il a visiblement adapté son son en conséquence. Le public ne semble pas lui avoir tenu rigueur, ni au fait que Jimmy Hunt ressemble de plus en plus à l’acteur Alexis Martin, ni au fait que c’était exceptionnellement Guillaume Ethier derrière la batterie. C’est peut-être même, à vue d’œil, le spectacle le plus achalandé de la soirée.

Duchess Says / Photo : Olivier Dénommée

Après une brève et étrange performance de l’artiste local Automatisme, qui proposait de gros beats électroniques entre des shows rock, on a accueilli Duchess Says. Le groupe était de tous les festivals imaginables dans la dernière année, mais c’était la première fois que je le voyais. La chanteuse A-Claude a toute une réputation pour son énergie inimitable, et elle y a été particulièrement fidèle! Le public a aussi tout donné : plusieurs dansaient, presque en transe, alors que plusieurs moshpits se sont créés à l’avant de la scène pendant des chansons plus agressives, au grand plaisir du groupe. La chanteuse a même demandé expressément un « vrai wall of death » pour la finale, et elle a été servie.

Vingt minutes plus tard, c’était au tour des Breastfeeders de tenter d’achever la foule maskoutaine. Si le groupe n’avait pas de nouveau matériel à offrir (son dernier opus remontant à 2011), il ne manquait pas de classiques dans la plus pure tradition rock’n’roll interprétés avec vigueur devant un public qui ne demandait pas mieux. Le groupe avait invité son ancien guitariste Sunny Duval pour la performance, mais l’attention a généralement été volée par Johnny Maldoror, qui jouait de la tambourine en fonçant partout, incluant la batterie à la fin d’une chanson. On se souviendra aussi de la réplique du chanteur : « Je n’aurais jamais cru que je serais headliner pour deux groupes plus hot que moi! » Il est vrai que ça devait être intimidant pour le groupe de jouer après deux projets extrêmement populaires en ce moment.

Les Breastfeeders / Photo : Olivier Dénommée

Les plus intrépides ont été invités à la fin de la performance à monter au bar L’Explosion pour un spectacle de Vulvets, mais comme il est important de savoir respecter ses limites, on a dû passer notre tour pour ce coup-ci, surtout que le festival se poursuivait le lendemain!

Samedi 30 septembre

Les Louanges / Photo : Olivier Dénommée

Les premières prestations étaient dès 14 h, mais la première à retenir l’attention était celle de Les Louanges. Bonne nouvelle pour lui, il avait droit à plus de public que lors de son spectacle à POP Montréal, mais aussi plus qu’à son dernier passage à Saint-Hyacinthe, avant que les Francouvertes ne lui donnent un peu plus de visibilité. Bref, c’est un Vincent Roberge toujours fidèle à lui-même qui a joué ses chansons en solo. Beaucoup de chansons de son EP Le mercure, mais aussi quelque nouvelles, laissant espérer qu’il retournera bientôt en studio pour offrir du nouveau matériel.

De la Reine / Photo Olivier Dénommée

Juste l’autre côté de la rue, à la galerie d’art 1855, De la Reine proposait ensuite un petit spectacle, composé essentiellement les chansons de son dernier album homonyme (très bon, en passant). Une performance précise et impeccable qui faisait oublier qu’elle se passait à 17 h dans des conditions peu optimales. Le trio s’est permis une petite reprise francisée de Radiohead, ainsi qu’une nouvelle chanson. Bonne nouvelle, le nouveau matériel était très réussi, ce qui augure bien pour la suite des choses, lorsque le band de Québec retournera en studio.

Rendez-vous au restaurant de shish taouk Le Saphyr pour une performance intimiste avec Louis-Philippe Gingras. Plus barbu que ne laissaient présager ses photos de presse, il était aussi assez enrhumé pour commencer son spectacle avec une pièce instrumentale, lui évitant temporairement de chanter. Il ne s’en est pas trop mal tiré et a beaucoup interagi avec son public, mais il est évident que le set-up était loin d’être optimal, ni pour lui, ni pour le public massé dans un endroit beaucoup trop exigu. L’histoire ne dit pas si le restaurant a pu faire de bonnes ventes pendant le spectacle.

Lydia Képinski / Photo : Olivier Dénommée

Le reste de la soirée se poursuit de nouveau au Zaricot. Cette fois, c’est Lydia Képinski qui ouvrait la soirée. Fidèle à son style particulier, elle a opté pour une reprise du thème des Mystérieuses Cités d’or, en version basse/voix dépressive en ouverture. Elle a étonnamment peu joué ses chansons, évitant complètement Apprendre à mentir, même si c’est sa seule chanson plus largement connue, pour proposer des reprises à la place. Tel que le veut la tradition lors de regroupements artistiques, elle a craché sur une figure politique, en l’occurrence Mélanie Joly pour son récent cafouillage au sujet de Netflix. Notons quand même un moment sympathique de son spectacle : le rappel que sa tournée avait débuté à Saint-Hyacinthe, et qu’elle terminait ce soir-là à Saint-Hyacinthe aussi, avant de retourner en studio (une autre bonne nouvelle).

L’énergie a monté d’un cran avec Gros Soleil, anciennement Les Truands, un groupe bien connu de Saint-Hyacinthe. On a vite compris que l’existence même de Gros Soleil est due à l’insistance de Frédérick Michon, un des organisateurs qui demandait année après année aux musiciens de revenir sur scène. La performance a donc été divisée en deux : une potion accordée aux classiques des Truands, et une avec du matériel récent. Il y a même eu un changement de membres et de vêtements entre les deux parties du set, histoire d’accentuer les deux « époques ». C’est quand tout le monde connaît les chansons par cœur que l’on sait que l’on a affaire à un groupe local qui a conservé un bon bassin de fans. Nul besoin de dire que ça a brassé pas mal durant le show! Le groupe a même eu droit à un rappel, même s’il n’était pas en tête d’affiche.

Justement, la voilà la tête d’affiche : le toujours coloré Keith Kouna avait bien l’intention de vider la salle de ses dernières énergies avec, bien sûr, ses grands succès, mais aussi les nouvelles chansons qu’on entendra partout dès vendredi dans son tout nouvel album Bonsoir shérif. Dès les premières secondes de son spectacle (qui durera au total tout près d’une heure et demie), un moshpit s’est formé. De quoi donner l’impression que ça aime se battre à Saint-Hyacinthe, tellement il y en a eu pendant ces trois soirées! Il y a même eu quelques épisodes de bodysurfing, d’abord avec une spectatrice, puis avec le chanteur lui-même. La foule semblait accueillir avec le même plaisir les chansons inédites et les classiques de Kouna. Ce dernier a d’ailleurs admis avoir très peu dormi récemment, parce qu’il vient d’accueillir un « mini-Kouna ». Malgré ce bref moment attendrissant, cela ne l’a pas empêché de gueuler tout le spectacle, accompagné de ses musiciens et de la foule qui en redemandait. Il n’a d’ailleurs pas pu s’échapper sans un bon rappel.

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Enfin fini, Agrirock! Non, pas tout à fait : les festivaliers étaient invités à monter à L’Explosion pour y voir le seul et l’unique Gab Paquet. Véritable révélation qui s’est fait remarquer en faisant la première partie de Michel Louvain cet été, il offre un des spectacles les plus kitch et les plus assumés au Québec. Imaginez l’extravagance visuelle des Deuxluxes, décuplez-la, et vous approchez de du niveau de Paquet. Vu l’heure plus que tardive, il n’a pas été possible de rester plus de trois chansons, mais c’était bien assez pour savoir qu’on a affaire à un véritable entertainer qui charme son public partout où il passe. Seul regret : qu’il ait été mis en toute fin de programmation.

Gab Paquet / Photo : Olivier Dénommée

La cinquième édition d’Agrirock vient de se terminer qu’on ne peut s’empêcher de s’imaginer ce qui pourrait nous attendre pour la suite. Avec les belles prises et le succès de 2017, les organisateurs ne manqueront pas d’arguments pour attirer encore plus d’artistes en demande pour l’année prochaine. En tout cas, chapeau pour celle-là!

– Olivier Dénommée

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