L’auteur de la formule à succès Cabaret politique et bouffonneries, Philippe Lemieux, revient sur scène avec un projet solo intitulé Achevez-moi quelqu’un. Celui qui se décrit comme un « humo-risque » propose dix tableaux composés d’anecdotes ahurissantes et farfelues. Sous forme de stand up, l’auteur et comédien se produit sur les planches du Théâtre Ste-Catherine dans une mise en scène de Pénélope Jolicoeur jusqu’au 8 avril.

Si vous êtes amateur de l’incontournable revue satirique de l’année Cabaret politique et bouffonneries, vous allez vite réaliser que cette proposition d’humour est d’un tout autre registre. Philippe Lemieux n’a perdu ni de son mordant ni de son dynamisme. Toutefois, les blagues sont teintées d’une vulgarité qui peut provoquer un certain malaise. Notamment l’anecdote des frères Nelson qui l’intimident et le battent. Des êtres répugnants et psychopathes qui s’amusent à capturer des chats pour les suspendre dans une poche et les abattre à coups de batte de baseball. Et le personnage qui renchérit sa déception de ne pas avoir été violé … (Rires jaunes).

Un humour qui érafle

Dans la peau d’un personnage rabat-joie, le comédien prend clairement plaisir à déranger. Son humour caustique pourrait en faire sourciller quelques-uns. Il écorche au passage quelques personnalités publiques, dont le jeune prodige Xavier Dolan qu’il envie, tout comme il abhorre… la ligne est mince. Ou Radio Radio qu’il qualifie de « fiers d’être assimilés ». Parfois, la critique peut ainsi sembler gratuite ou du moins contestable, tout comme le niveau d’absurdité difficilement compréhensible : « Je me prends pour Yvon Deschamps quand je me crosse ». « Yvon Deschamps » (un monument de l’Humour) et « crosser » : deux mots qui figurent mal dans la même phrase….  Le spectacle semble contenir des insides nébuleux hors de la portée du large public.

Cependant, Philippe Lemieux maîtrise l’art de raconter, de mettre en scène une histoire qui navigue entre le fou rire et la sensibilité. Il sait puncher dans un court laps de temps. Entremêlant la fiction et le réalisme, le spectateur ne sait jamais s’il assiste à un récit autobiographique, tant le propos et les péripéties sont excentriques. L’auteur aborde, entre autres, son orientation sexuelle, partageant avec le public l’une de ses expériences avec un jeune prostitué gai de 22 ans, Nicolas. Il aime « l’entretenir» de littérature : de Bukowsky à Victor Lévy-Beaulieu. Le dénouement est tragique malgré des répliques hilarantes du genre : « Dans le fond quand j’y pissais dessus, c’est lui qui était malheureux ». Oui, Philippe Lemieux sait surprendre et dérouter, s’attirer un capital de sympathie qui rappelle à certains égards l’humour cru et dérangeant de Mike Ward.

Mention spéciale : le numéro de Nicole est épique. À l’approche de Noël, un patron hostile d’un Fruits et Passion tente à tout prix de maintenir à son poste cette pauvre Nicole, qui aurait davantage besoin d’un congé de maladie en raison d’un burn out. Il décide de l’amener tirer au fusil. Ce tableau, sans fausse note, est un pur bijou. Certaines répliques laissent d’ailleurs une empreinte indélébile : « Avec un gun, tu ne crois plus en Dieu, tu le deviens ».

Nul doute, le spectateur sortira repu de ce spectacle fait d’humour explosif, parfois déjanté, parfois douteux. D’une prestation musicale de Allez viens, on va s’aimer tendrement où l’acteur s’époumone pour faire chier sa voisine candidate du NPD à un jingle de Noël pour « rester dans les voies navigables » et gérer son agressivité… Oui, c’est très éclaté et hétéroclite : la palette de numéros oscille entre virulence et éloquence. L’énergie effrénée, que dis-je, titanesque de Philippe Lemieux permet ainsi de faire passer certaines blagues pour le moins déstabilisantes et maintenir un équilibre loufoque.

Edith Malo

Achevez-moi quelqu’un au Théâtre Ste-Catherine jusqu’au 8 avril 2017. Pour plus de détails, c’est ici.

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