Crédit photo: Damian Siqueiros / zetaproduction.com / Danseur: Jéremy Galdeano

« L’illusion de la beauté, un mince fil qui sépare la folie de la raison, la panique derrière le rire, et la coexistence de la fatigue et de l’élégance. » C’est sur ces mots émouvants que commence le spectacle Minus One créé par Ohad Naharin, chorégraphe israélien de renom, pour les Grands Ballets Canadiens de Montréal. Présentée au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts du 23 mars au 1er avril 2017, Minus One est composée d’extraits de sept pièces du cursus de l’artiste (Zachacha, Sabotage Body, Black Milk, Passomezzo, Anaphaza, Queens of Golub, Malub).

À l’arrivée des spectateurs, dans le hall principal, les murmures allaient bon train : « Minus One, je l’ai déjà vu plusieurs fois, c’est excellent » ; « As-tu vu le dernier spectacle de la troupe de Pina Bausch? Hallucinant ! » ; « Le Gaga, as-tu essayé, toi ? », et ainsi de suite. Il faut dire que les Grands Ballets ont fait patienter le public avant l’ouverture des portes, et pour cause. À l’entrée dans la salle, un danseur était déjà en performance sur scène. Magnétique et impétueux, il laissait présager que de grandes choses se dessinaient pour la suite.

Minus One, c’est sept pièces qui s’imbriquent les unes dans les autres pour former une œuvre à part entière. Une composition qui étonne par son côté ludique, mais qui ne fait aucun compromis sur le sérieux du propos. Un heureux métissage finement exécuté avec autant de rigueur que de poésie. Que ce soit lors de solos, de duos ou de chorégraphies avec plusieurs membres de la troupe, les danseurs et les danseuses impressionnent par leur virtuosité : la technique est parfaite, chaque mouvement est exécuté à la fois avec vigueur et légèreté, la gestuelle, parfois lente, parfois prompte, est toujours lyrique.

Au moyen d’une trame sonore puissante et par l’utilisation de voix off (celles des interprètes), le chorégraphe superpose plusieurs niveaux de sens. Par conséquent, il crée une expérience sensible et profonde de laquelle de multiples émotions peuvent émerger. De toute évidence, Naharin souhaite toucher tout un chacun dans sa particularité. De là éclot le cœur de cette œuvre chorégraphique : tout être humain est unique. Chacun a son identité et son histoire de vie. Cela émane, assurément, du langage corporel qu’est le Gaga mis au point par le chorégraphe. Cette technique propose à tous de danser librement et, ainsi, expérimenter le mouvement, le lâcher-prise, le non-jugement.

Depuis sa création en 2002, Minus One est un des grands succès du répertoire des Grands Ballets Canadiens de Montréal. Compte tenu du charme incontestable de cette œuvre, cela n’est pas étonnant. En alliant des éléments bon enfant – sans jamais être naïfs – et dramatiques, Naharin séduit et laisse un souvenir impérissable qui propulse sa création année après année.

Après une ovation de plusieurs minutes, je suis sortie de la Place des Arts avec qu’une seule envie, celle de rentrer chez moi et de danser. Cela va sans dire, je prendrais beaucoup plus de Ohad Naharin, je ne suis pas rassasiée du tout.

Marie-Paule Primeau

Minus One est présenté par les Grands Ballets Canadiens de Montréal au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts les 23, 24, 25, 29, 30, 31 et 1er avril. Pour plus d’informations, c’est ici.

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