Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it! À suivre tous les lundis.

On a amplement parlé dans les médias de la fameuse génération Y dans le monde du travail. Comment les attirer, comment les fidéliser, « est-ce que je dois installer une table de pool dans ma réception pis une glissade d’eau dans la papeterie »? On entend des employeurs (majoritairement de la génération X), désemparés face à cette génération qui ne semble pas vouloir les mêmes choses qu’eux aux mêmes âges.

Ici, je ne ferai pas une énième chronique sur les caractéristiques de cette génération qui cherche le dépassement de soi, le plaisir dans le travail, la conciliation travail/famille/projets/voyages. J’aimerais plutôt vous parler de mon expérience de gestionnaire Y.

Bon, je suis borderline Y puisque je suis née en 1981 et qu’on positionne cette génération dans le temps entre les années 80 et 99. Du haut de mon vénérable statut de vétérante Y mi-trentenaire, je devais avoir un peu moins d’une dizaine d’années quand j’ai eu accès au premier ordinateur familial (on était, par ailleurs, plutôt en avance dans le domaine grâce à mon oncle qui possédait une compagnie d’informatique).

Je suis donc de celles et de ceux qui savent utiliser un annuaire papier, une carte routière et chercher dans le dictionnaire, mais j’ai aussi grandi avec l’informatique. Je suis capable de reconnaître le bruit grinçant d’un ordinateur qu’on connectait à internet, j’ai connu l’ordinateur pas de souris, les livres d’adresses internet d’avant les moteurs de recherche et je me suis probablement extasiée devant le site internet du Musée du Louvre « Tsé ont pouvait le visiter virtuellement, c’est pas rien ».

Ce statut à cheval entre l’avant et l’après a donc teinté ma vision du monde et celle du travail. J’ai été témoin des avancées, mais aussi des ratés de l’ère numérique (qui se souvient du début des DVD et de la fabuleuse possibilité de changer les angles de caméra pendant un film?) Comme j’ai été catapultée dans un poste de direction à 22 ans, je suis donc une gestionnaire de la génération Y. Ça change quoi? Bonne question.

Les horaires

Je privilégie la confiance dans ce domaine : mon équipe gère sa banque d’heures, mais plus pour ne pas oublier de se prendre des vacances de temps en temps.

Les vacances

Encore une fois ici, le milieu culturel est un domaine tellement prenant que parfois on a besoin d’un break sur le champ. Pas à Noël, pas à Pâques, pas en juillet, maintenant. J’ai toujours dit à mon monde, «S’il fait soleil et que t’as le goût d’aller jouer dans neige, vas-y… »

La conciliation

Évidemment, pour moi ça dépasse le fait de pouvoir prendre congé pour accompagner sa fille chez le médecin. Je suis sensible au fait que les gens (moi la première) veulent pouvoir concilier travail/famille, mais aussi projets personnels, voyages, passions, études.

Mélanger plaisir, amitié et travail

Une journée où vous ne riez pas, ça mérite un gros câlin. On passe entre 30 et 40 heures par semaine avec son équipe de travail. On s’entend-tu que ça devient vite une deuxième famille? Boycotter la perméabilité entre vie professionnelle et vie personnelle empêche les gens de parler librement de ce qui teinte leur humeur de la journée et suscite, à mon humble avis, l’incompréhension du reste de l’équipe. Ma porte est toujours ouverte pour les confidences.

La hiérarchie

J’agis comme un guide : je suis la gardienne de la vision macro de l’organisme. Je me projette dans le futur et m’assure que nos projets rejoignent la ligne de pensée commune que nous nous sommes donnée en équipe. Chacun a ses forces et en les mettant ensemble, on devient comme un genre de super-employé invincible.

En résumé, la génération Y, et probablement la suivante, n’est pas si complexe que ça. C’est une génération qui ne connaîtra sans doute jamais la retraite et qui ne le souhaite pas nécessairement non plus. Elle s’active à faire de chacun des jours de sa vie, une occasion de grandir, de se perfectionner et d’apprendre. On ne vivra jamais le concept de liberté 55. Pas besoin parce qu’on veut être libre maintenant!

– Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

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