Paru en 2014, La vie littéraire de Mathieu Arsenault brutalisait par sa force licencieuse. Son utilisation parcimonieuse de ponctuation lui conférait un rythme propre, proche du courant de la pensée, donnant au texte une qualité orale indéniable. Il n’est donc pas surprenant que 3 ans plus tard, on nous propose la version stand up de l’oeuvre. Une scène nue, l’auteur, un micro.

Dirigé par Christian Lapointe, Mathieu Arsenault prend son texte coupé, trituré, mélangé, recollé et nous le garoche en pleine face, suivant une cadence déchaînée, quasi enragée. Si on pouvait croire que seul sur scène, l’auteur serait fragilisé, c’est en fait le public qui se retrouve vulnérable. Cinquante minutes de prose intense (pas tout à fait, mais je ne veux pas vendre de punch). Si le texte était vivant sous la forme du roman, dans la bouche de l’auteur, il respire, prend de l’expansion, nous assaille, nous perturbe, nous réjouit.

Mathieu Arsenault prend la voix d’une jeune femme dans la vingtaine qui aspire à devenir une star de la scène littéraire, mais qui, possédée par son browser, ne peut que procrastiner, paralysée par l’insignifiance de son existence et l’inutilité de tout effort créatif.

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Le drôle, le tragique, le dégueulasse, le poétique se succèdent inlassablement. Le spectateur prend part à la réflexion d’Arsenault et est pris dans le tournis infernal de ses questions. La pureté de l’art est-elle possible dans une société où tout est transformé en courant trendy de consommation? Pourquoi vouloir écrire quand le reste du monde continue de tourner avec ou sans nouveau chef-d’oeuvre? En quoi la littérature est-elle pertinente si on finit tous par crever? Où marque-t-on la scission entre la vie et la littérature?

On ne peut pas toucher l’horizon on ne peut pas déchirer le réel pour trouver le silence derrière on ne peut pas sentir le battement du monde mais on ne peut pas non plus faire comme si tout cela était trop compliqué et se vautrer dans la vie ordinaire »

Empruntant au code du stand up, du cabaret poétique et de la conférence de presse, le spectacle réussit à brasser, à émouvoir. La mort est partout, en commençant par le t-shirt d’Arsenault qui nous ramène à la mémoire de Vicky Gendreau dans tout son glitter. L’urgence aussi. L’absence. La beauté. Le trash. La poésie. L’espoir. On sort du spectacle avec l’envie de donner à l’ordinaire sa portion de merveilleux et de faire la paix avec l’absurdité de notre quotidien.

Rose Normandin

La vie littéraire, une production du Rhizome avec le Théâtre Blanc et la Maison de la Littérature, présentée au Théâtre La Chapelle du 22 au 31 mars 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.