Une documentariste « en herbe » se questionne : à quoi pensent les gens qui s’adonnent au tricot-graffiti? Se sentent-ils militants ou artistes? Le tricot-graffiti est-il profondément subversif? Qui sont ces femmes qui se cachent derrière ces contestations urbaines éphémères? Devant elle, trois vieilles dames revisitent les heures de leur jeunesse : comment leur colocation a-t-elle réellement commencé? Qui a eu l’idée de tricoter? Qu’est devenue l’absente, la quatrième amie, celle qui est partie un jour on ne sait où et dont le souvenir ne peut s’effacer?

Petite laine aux Éditions de Ta Mère, c’est l’histoire de tout ce monde-là. Plus précisément, c’est l’histoire de Zena, la cruelle, la charmante, l’inconnue, celle qui n’est plus là pour raconter. C’est aussi l’histoire de Marjolaine, qui traîne une éternelle tristesse doublée d’une pauvreté sans fond. De Marie qui perd la tête. D’Alexandra qui serait la plus « normale » des trois, mais qui porte bien son lot de questionnements et de mésaventures. De Léonie qui se perd dans les fils de son enquête. De la ville qui continue d’exister et de s’échapper, loin d’être secouée par toute cette laine sur les ponts, dans les rues, dans les cœurs.

La laine, dans Petite laine, c’est une excuse pour parler de l’amitié, tout comme l’amitié est une excuse pour parler de la laine. Quatre filles dans leur vingtaine s’aiment sans s’aimer, comme des adolescentes devenues grandes trop vite, qui ne comprennent pas la valeur des gens qui les entourent. Trois vieilles dames témoignent d’une jeunesse lointaine qui s’est vue tisser des amitiés brisées. Leurs voix s’entremêlent devant la caméra d’une documentariste qui ne mènera peut-être pas à bout son projet.

Avec Petite laine, Amélie Panneton transporte avec talent le lecteur d’une voix à l’autre pour créer un récit aux multiples vérités. Pour nous faire comprendre sans doute que l’important se trouve dans les souvenirs que l’on garde au creux des espoirs déçus et des amitiés brisées.

C’est le genre d’histoire qui n’attend pas sagement qu’on la déterre : de son épicentre jaillissent des secousses qui traversent le sol et viennent gronder sous nos pieds. »

Annick Lavogiez 

Petite laine, Amélie Panneton, Les Éditions de Ta Mère, 2017.

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