Crédit photos: Yves Renaud

Qu’est-ce qu’une fière représentante du webzine Les Méconnus, férue de relève et d’événements qui passent sous le radar, est allée faire à la première mondiale d’Another Brick in the Wall de l’Opéra de Montréal samedi soir, un des spectacles les plus courus de l’année à la Place des Arts et un des moments phare de la célébration du 375e de Montréal? Quelques mots qui ont sûrement fait grincer des dents quelques puristes: The Wall de Pink Floyd en version opéra. On a beau couvrir de bord en bord la scène alternative, découvrir des oeuvres mythiques sous un nouvel angle, ça nous parle. Cartes mises sur table, passons à la critique.

Dans la salle, les vestons flirtaient avec les jolies robes. C’était soir de tapis rouge, un samedi qui plus est : personne n’a hésité à sortir les grands apparats. Et la liste d’invités a rendu honneur à l’événement. Entre la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly et le maire de Montréal Denis Coderre (qui est plus présent dans les événements montréalais que son ombre), le public allait avoir une surprise de taille. Nul autre que Roger Waters a répondu par l’affirmative à l’invitation.

En réalisant leur chance, les spectateurs se sont levés d’un bloc pour l’applaudir. Première ovation debout à laquelle j’assiste avant un spectacle! Il faut dire que l’ex-bassiste et fondateur de Pink Floyd a un rapport particulier à Montréal : c’est en plein spectacle au Stade olympique en 1977, tout juste après avoir craché au visage d’un spectateur arrogant, que l’idée de The Wall (1979) a germé dans l’esprit du créateur. Depuis, il entretient un lien spécial avec la ville… Très logique alors que le spectacle Another Brick in the Wall soit présenté pour la première fois à Montréal.

Après toutes les mondanités, les remerciements et les mots de bienvenue, place à l’opéra. Inspiré de l’album mythique de Pink Floyd et de la vie de son fondateur, le spectacle Another Brick in the Wall a été écrit par Roger Waters lui-même. On y découvre Pink (Étienne Dupuis), une rock star internée à l’hôpital psychiatrique après la Seconde Guerre mondiale. De souvenirs en souvenirs, on découvrira son enfance difficile, la mort de son père au front, sa relation particulière avec sa mère, son mariage raté et sa descente aux enfers.

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Une vie très difficile, magnifiquement représentée par l’Opéra de Montréal –  plus de 71 musiciens, 8 solistes et 48 choristes – et surtout, la mise en scène très réussie de Dominic Champagne. À l’aide de projections, de décors imposants et de deux murs qui se rapprochent de plus en plus du protagoniste, le metteur en scène arrive à faire monter la tension avec brio. À travers tout ça, bien sûr, les populaires chansons de The Wall, notamment In The Flesh?Another Brick In The Wall part IAnother Brick In The Wall part II et The Happiest Days of Our Lives, méconnaissables. Intéressant de découvrir ces pièces dans une autre interprétation oui, mais malheureusement, le plaisir se perdait un peu devant l’ampleur des adaptations apportées par le compositeur Julien Bilodeau.

Si The Wall a été écrit au moment où le Mur de Berlin se dressait toujours dans le paysage de l’Allemagne, l’oeuvre qui en découle prend un tout autre sens en 2017. Impossible de ne pas faire le lien avec le fameux mur de Donald Trump. Mais forcément, Another Brick in the Wall a un côté plus universel : l’opéra dénonce les barrières entre les gens.

Après deux heures marquées de quelques longueurs, le rideau est tombé à la suite d’un morceau particulièrement bien mené. « Wow! » s’est exclamé spontanément un homme dans la salle, exprimant en un mot la sensation que semblaient partager beaucoup de personnes dans la salle. Les applaudissements ont été intenses, nourris, mettant en valeur tout le travail accompli pour ce spectacle à grand déploiement. Mission réussie.

Mélissa Pelletier

Another Brick in the Wall de l’Opéra de Montréal, du 11 au 27 mars 2017 à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. D’après les paroles et la musique de The Wall, de Roger Waters. Version lyrique composée par Julien Bilodeau; mise en scène de Dominic Champagne.