«On a le droit, on fait partie du monde.» Maurice rassure Sylvie, angoissée face à ce qu’ils vivent, face à leur grand amour. Une histoire somme toute banale, avec la passion du début puis le quotidien qui s’installe, les travers de l’autre, les chicanes et des déchirures.

Or, Sylvie (Florence Longpré) a le syndrome de la personnalité évitante et Maurice (Mathieu Lepage) est Asperger. Deux vies passées à être incompris de leur entourage et de la société. Leur rencontre brise l’isolement : ils décident de vivre ensemble dans un demi sous-sol et de prendre soin l’un de l’autre. Pas toujours facile la communication dans un couple! Qu’en est-il lorsque les deux amoureux s’inscrivent dans le spectre de l’autisme?

Cinq années ont passé depuis Chlore, la première production émouvante et sensible du Théâtre du Grand Cheval. Le tandem d’auteurs Nicolas Michon et Florence Longpré – bien connue pour son rôle de Gaby Gravel dans Like-moi – revient avec Sylvie aime Maurice.

Leur première oeuvre présentait le quotidien d’une jeune femme, paralysée et muette, incapable d’entrer en contact avec le monde extérieur puisque prisonnière de son propre corps. Sylvie et Maurice sont maîtres de leur corps, mais tout aussi prisonniers de la solitude. Ils saisissent mal les relations humaines et les comportements sociaux. Elle, est insécure et hyper sensible au regard des autres. Lui, est impulsif, une encyclopédie sur deux pattes et déconnecté de ses émotions.

Loin de tomber dans le pathos, la pièce est drôle et d’une étonnante légèreté. Sylvie et Maurice sont sans filtre, et on ne peut s’empêcher de rire en entendant leurs réflexions et leurs échanges maladroits, parfois absurdes.

Nicolas Michon signe une mise en scène minimaliste sur le plan matériel, mais ô combien grandiose dans l’exécution. Grâce à un chœur de six acteurs pour appuyer la trame narrative, cette histoire d’amour devient soudainement ludique, et même épique, avec la pop et les envolées gospel composées et accompagnées au piano par Yves Morin.

La scénographie quasi-absente abandonne les comédiens sur une scène vide recouverte d’un tapis…beige. Ce décor monochrome laisse pourtant toute la place au texte et à l’imagination du spectateur. Comme par magie, on voyage aisément du pont de la ville à la cuisine de l’appartement, sans le moindre accessoire scénique.

La pièce est le fruit de plusieurs rencontres entre les auteurs et des personnes présentant des troubles cognitifs. En ressort une oeuvre à la fois attachante et intrigante : lorsqu’il est question d’intimité et d’amour, sommes-nous si différents?

– Laurence Pinard

Sylvie aime Maurice de Florence Longpré et Nicolas Michon, une production du Théâtre du Grand Cheval en codiffusion avec La Manufacture, présentée à la Licorne du 7 au 25 mars 2017. Pour tous les détails, c’est ici.

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