Ça voguait entre sourires francs et sourires crispés mercredi soir à La Chapelle. C’est que la compagnie Quitte ou Double s’est lancée le défi de l’immersion et de l’interactivité avec la pièce Ivresse de Falk Richter. Et qui dit interactivité dit beaux moments de théâtre, et aussi, forcément, malaises cocasses.

Ivresse, c’est un regard – ou plutôt cent – qui se pose sur notre rapport à l’autre. À l’autre face à face, à l’autre dans notre écran, à l’autre dans ses notifications Facebook, ses distances et ses silences. Un tout un brin échevelé qui s’articule autour de multiples questionnements sur le couple. Comment avoir une relation de couple « réussie »? Qu’est-ce qui fait qu’une relation est saine, pertinente? Comment savoir quand-comment-pourquoi-et-avec-qui s’embarquer?

Assis en quatre ronds distincts, le public se retrouve sur la scène à travers cette folie. Comme les personnages qui tentent par tous les moyens de s’exprimer ou de bien paraître, les spectateurs se retrouvent aussi dans le regard de l’autre. Les réactions sont vues, observées, parfois filmées et projetées sur de grandes toiles fixées au plafond. D’où les sourires parfois crispés. Parce que mine de rien, ça demande quand même plus d’énergie de recevoir en pleine face le discours d’un comédien que d’être assis dans le noir, bien à l’abri. Le génie de cette mise en scène de Mireille Camier? C’est l’impression d’être carrément assis dans un réseau social. Comme des voyeurs, on peut observer les relations des autres s’enflammer, s’étioler, mourir… Et on peut réagir ou pas.

                                                                                Crédit photo : Rachel et Michel 

Dur de ne pas réagir à toute cette effervescence d’ailleurs. Les excellents comédiens (Alexis Lefebvre, Sarianne Cormier, Nicolas Labelle, Nico Lagarde et Catherine-Audrey Lachapelle) courent partout, se lancent par terre, partent un linge fight (oui oui, les spectateurs se sont littéralement lancés des vêtements, retrouvant les doux plaisirs des food fights d’enfance)…

Ivresse, c’est fou, c’est captivant, ça part dans tous les sens. Ce qui a son charme oui, mais qui peut aussi donner l’impression que les sujets sont effleurés, souvent même abordés d’une manière plutôt banale, sans profondeur. Si ça ne réinvente pas la roue, ça a le solide mérite de brasser, même fracasser, la cage.

Mélissa Pelletier

Ivresse, du 8 au 18 mars 2017 à La Chapelle. Pour toutes les informations, c’est ici.

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