Le conseil de la semaine, c’est un peu pour donner au suivant, pour écrire ce que Julie Gauthier aurait bien aimé lire quand elle était seule à son bureau de directrice générale de la coopérative Paradis (dans un vieux cinéma froid où la neige rentrait l’hiver), poste dans lequel elle portait tous les chapeaux: c’est elle qui posait l’abri tempo, qui gérait un débordement de toilette un 25 décembre et qui n’avait qu’une pomme et une orange pour Noël (seul le dernier item est fabulé). Aujourd’hui artiste (cinéaste-scénariste à temps partiel), directrice du Conseil de la culture du Bas-Saint-Laurent et à la vice-présidence du Réseau des conseils de la culture du Québec, Julie a envie de partager son savoir avec tous les travailleurs culturels et artistes de la relève qui ont besoin d’un coup de pouce pour le côté le plus plate (ou pas?) de la force : financement, développement de projet, marketing… Name it! À suivre tous les lundis.

Si la semaine dernière je vous conseillais de reconnaître votre valeur en tant qu’artiste, cette semaine j’avais encore envie de vous parler d’argent… question de me faire une réputation mercantile en partant. Blague à part, l’argent est souvent – pour ne pas dire tout le temps – au centre des préoccupations.

L’artiste a besoin d’argent pour pouvoir continuer à créer dans des conditions décentes et l’organisme pour développer ses projets, poursuivre sa mission et éviter que les chèques de paye des employés rebondissent dans le compte. Il y a les cachets, la vente de produits dérivés pour les artistes et les revenus autonomes pour les organismes, mais tout ça est limité. La culture a besoin d’être supportée financièrement par l’État au même titre que l’éducation. C’est un choix de société et c’est un choix payant.

Dans une étude publiée en 2015 par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on indique qu’en 2013, le secteur culturel a généré une valeur ajoutée directe de l’ordre de 7,4 G$. En incluant les effets indirects, la valeur ajoutée totalise près de 11 G$, soit environ 6% du PIB de Montréal. Je peux dire avec assurance que ces chiffres n’ont fait qu’augmenter depuis la parution de l’étude et que ce 6% du PIB peut être appliqué un peu partout sur le territoire québécois.

Bon maintenant que j’ai passé tout un paragraphe à prêcher à des convaincus de l’importance d’investir en culture, comment concrètement arriver à obtenir des subventions? Par où on commence? Évidemment, je ne pourrais pas régler la question en quelques lignes, mais je peux au moins vous donner quelques trucs qui s’appliquent autant aux artistes qu’aux travailleurs culturels.

1. Le téléphone est votre ami

Prenez le téléphone. Ça semble simple, mais c’est vraiment la première étape et je vois régulièrement des gens expérimentés oublier de le faire. Si par exemple vous voulez déposer un projet au Conseil des arts du Québec, la première étape est d’en parler avec un des agents du CALQ. Non seulement il vous évitera de vous taper des nuits blanches d’écriture pour ensuite vous faire dire que vous n’êtes pas admissible, mais il y a aura un premier contact entre vous et lui. Vous ne serez plus un ou une inconnu(e). Votre projet sera attendu, sera dans la bonne case, et aura toutes les caractéristiques requises par le programme pour se positionner de manière optimale.

2. Le mode d’emploi est votre ami

Lire consciencieusement ledit programme, ses objectifs, ses restrictions, ses exclusions. C’est comme quand on monte un meuble IKEA : si on jette le mode d’emploi, impossible de garantir le résultat. Relisez aussi régulièrement la mission de l’organisme auprès duquel vous sollicitez une subvention. Soyez attentif au vocabulaire utilisé et reprenez le dans votre texte. Un même projet doit souvent être présenté différemment, que l’on s’adresse au Conseil des arts, à Emploi-Québec ou à Patrimoine Canada.

3. Le méchant lecteur externe est votre ami.

Faites-vous relire. Que vous en soyez à la première ou à la centième demande, vous devez vous faire relire par quelqu’un qui n’a pas sué sang et eau pour produire le dossier de financement. Pourquoi? Parce qu’à un moment donné, vous attrapez une drôle de maladie qu’on appelle affectueusement « l’attachement à son stock ». Les symptômes apparaissent quand l’effort a été si grand pour rédiger chaque ligne que l’idée d’en reformuler une seule vous donne envie de vomir. La personne externe qui elle, n’a aucune idée du nombre de minute/heure/nuit/semaine que vous avez passé sur tel ou tel paragraphe pourra vous dire sans aucune empathie, ce qui marche ou ce qui ne marche pas.

4. Le découragement n’est pas votre ami

Ne vous découragez jamais. Personne n’obtient un ratio de 100% de réponses positives. N’oubliez pas de téléphoner pour recevoir les commentaires (vous vous souvenez, le téléphone est votre ami). Vous avez le droit de savoir pourquoi votre projet n’a pas été retenu et comment vous pouvez l’améliorer ou le réorienter pour augmenter vos chances la prochaine fois.

Et n’oubliez jamais… Je crois en vous!

Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)