En parlant de l’écriture de son troisième disque, Twin Solitude, Leif Vollebekk met l’emphase sur l’importance de la spontanéité et de l’authenticité dans son processus créatif. Alors qu’il vient présenter l’album dans un La Tulipe sold out dans le cadre de Montréal en lumière, il est évident que la démarche reste la même. Pas de costume flamboyant, pas de mise en scène élaborée : on le retrouve sur scène avec son charisme décontracté, agréable contrepoint à son intensité.

Nous confiant ne pas trop suivre la setlist pour se garder de la liberté, il a présenté un spectacle dans une ambiance désinvolte. Nous sommes devant un être singulier; ça se voit à son univers musical, à sa façon de bouger, à son humour (on a eu droit à un curieux délire sur Un homme et son péché).

Le spectacle a commencé avec une formule trio, accompagné de son batteur (Olivier Fairfield) et de son bassiste. Plutôt que le piano trouvé sur l’album, Vollebekk a plutôt choisi des sons de Rhodes et de synthés. La chimie opère. Si on ferme les yeux pendant Elegy, on oublie qu’ils ne sont que trois sur scène, tant ce qu’on nous offre est riche.

Après quelques chansons, Vollebekk se retrouve seul pour jouer «ce qu’il a envie» («Some Kendrick Lamar, maybe?»). Il laisse son instinct l’emmener au gré des chansons, passant des claviers à la guitare. Il ramène son bassiste pour nous faire A Case of You de Joni Mitchell, chanson qui lui va comme un gant tant les thèmes sont les siens. Fairfield revient s’asseoir aux drums et Adèle Trottier-Rivard vient ajouter sa voix à East of Eden et Into the Ether. Leurs voix vont tellement bien ensemble : c’est un peu dommage de l’avoir pour si peu de temps.

La soirée s’écoule tout doucement. Leif Vollebekk nous avoue à la blague qu’il espère nous offrir un show qui se déroule tellement lentement, qu’il est possible de s’évader dans ses pensées entre deux accords. Avec de si belles paroles de chanson, on ne manque pas de matériel de réflexions.

Et puis de façon presque négligée, il nous offre une jolie surprise pour Rest, la dernière chanson avant le rappel. Comme s’ils avaient peur de déranger, trois saxophonistes s’avancent timidement à côté du clavier pour accompagner le chanteur, resté seul sur scène. Si la version de l’album nous fait l’effet d’être une descendante de Tom Waits, lorsque reprise avec trois saxophones ténors sur scène, elle prend les couleurs d’une œuvre de Colin Stetson.

Au fil des chansons, l’éclairage doré, la candeur de l’artiste et la musique font leur effet pour que l’on oublie peu à peu la dureté de l’hiver. On a l’impression de visiter un ami qui nous parle de ses voyages, de ses angoisses, de ses dilemmes. Après 1h30, c’est avec regret qu’on le quitte.

S’il part pour un mois de tournée en Europe, Leif Vollebekk reviendra au mois d’avril pour jouer à Québec, Ottawa et Toronto. C’est assurément une belle façon d’espérer le printemps.

-Rose Normandin

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