L’écrivaine de Québec Valérie Forgues fait un retour à la forme romanesque avec la publication de Janvier tous les jours chez Hamac. Un roman irrésistible qui arpente le deuil avec une justesse empreinte de poésie, et qui rappelle le talent de la poétesse pour créer des univers contrastés.

Anaïs et Janvier se connaissent depuis leur petite enfance au bord de la rivière Saint-Charles. Ensemble, ils érigent une barrière avec leur solitude par rapport au reste du monde. Ils arpentent Saint-Sauveur, Saint-Roch et Limoilou en longeant le cours d’eau, en chantant de vieux succès, toujours en parfaite symbiose l’un avec l’autre. Ils se réfugient au Château, bien gardé par la douce Noëlla, avec la conscience que leur cocon se destine à éclater. C’est que Janvier a un cœur nénuphar qui s’épuisera nécessairement.

À travers le passage de l’enfance à l’âge adulte se dévoile la transformation de l’amitié et de l’amour en communion des âmes, comme si leur respiration dépendait l’une de l’autre. Mais lorsque Janvier perd le combat, tout le corps d’Anaïs se demande comment résister à la mort.

Je fais comme si je ne sentais pas l’entaille que j’ai au cœur. Elle ne se referme pas. Elle s’ouvre encore plus grand. Ma peine se dissémine de mes bras à mes jambes. J’ai une couronne de silence, de solitude sublime et effrayante, sur la tête. »

Le deuil avale Anaïs. Chaque geste, chaque envie lui rappelle la perte de son ami. Lui fait revivre, avec fulgurance, ce sentiment de paix, unique, cette poésie des corps et des cœurs. Puis, à nouveau, cet état de vide qui l’envahit. Qu’est-ce qui résiste, sinon le souvenir? Comment trouver l’équilibre dans ces allers-retours émotionnels qui font revivre la mort dont elle ne peut s’extirper seule?

L’exil en France s’impose comme une bouée de sauvetage. Près de la Seine, Anaïs souhaite faire taire les relents de la perte, reprendre possession de son corps, de son cœur et se jeter dans la création. Mais la peine n’est jamais bien loin pour lui rappeler qu’il y a un long chemin à parcourir pour embrasser à nouveau le monde des vivants.

Il y a une telle tendresse dans la langue de Forgues, une beauté singulière et poétique, aérienne à certains égards lorsqu’il est question de ses personnages et de cette compréhension qu’ils ont l’un de l’autre avant même qu’un mot soit prononcé.  Puis, cette brutalité de la perte, qui fait un contrepoids magnifique à la délicatesse de sa plume. Le lecteur ne sort pas indemne de Janvier tous les jours. Il en sort habité.

Marie-Hélène Métivier

Janvier tous les jours, Valérie Forgues, Hamac, 2017

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