Crédit photo : Elizabeth Lord

On vous présente un bébé, seul dans une pièce. On vous informe que celui-ci a trois chances sur quatre de devenir un tyran créant un génocide incomparable. Il y a tout de même une chance sur quatre que ce bébé devienne un humain aimant… Vous avez le pouvoir de le faire tomber dans une trappe sans que personne n’en soit témoin. Que faites-vous?

Ceci n’est qu’une seule des situations exploitées par Jason Hrivnak pour faire frissonner dans La Maison des épreuves, publié aux Éditions de l’Ogre. Peu de monstres et de créatures surnaturelles peuplent cependant cette maison. Que des humains. Que la condition humaine dans ce qu’elle a de plus vil et abjecte à offrir, dans ce qu’elle a de plus vulnérable aussi. Et toute cette histoire inclassable part de la plus belle des vulnérabilités : l’Amour.

Un homme reçoit une lettre du père de sa meilleure amie d’enfance, Fiona. Celle-ci, maintenant dans la trentaine, vient de se suicider dans l’école même où ils se sont côtoyés toute leur enfance, avant qu’elle ne déménage et qu’ils se perdent de vue, un peu à cause du désintérêt du narrateur. Fiona, accrochée au passé, avait avec elle lors de son suicide, une feuille des projets du « Terrain d’essai», des épreuves tordues qu’elle et le narrateur écrivaient lorsqu’ils étaient enfants. Complètement abasourdi par cette découverte, celui-ci s’est jeté dans l’écriture de La Maison des Épreuves, pour racheter cette part de leur amitié déchue.

C’est alors que le lecteur pénètre dans cette maison des cauchemars. Questionnements éthiques, moraux,  sentimentaux, émotifs, tout y passe. On déballe une suite de mise en situation où on est tentés de se prononcer sur différents  dilemmes. Nous sommes sans cesse plongés dans des situations malsaines, malaisantes, destinées, on finira par le comprendre, à nommer la douleur, nommer ce qui ne devrait pas l’être. Même si souvent, les questions exposées restent sans réponse, le seul fait de s’être ouvertement questionné sur un sujet tel que la vie ou la mort d’un bébé laisse un vague sentiment d’incohérence et de douleur.

À travers un chassé-croisé de personnages de toutes les époques, de tous les horizons, on découvre des histoires saugrenues, des lieux inconcevables, des paysages pas du tout réconfortants. Il est difficile d’être à l’aise durant la lecture, puisque la déstabilisation est trop grande. Mais pourquoi tout ça? Pourquoi se torturer à lire des histoires parfois violentes, à la moralité défaillante? Le révéler serait malhonnête. Attendez-vous seulement à rêver beaucoup durant les nuits où les mots de Hrivnak berceront votre sommeil…

Extrait :

À l’âge de vingt-cinq ans, vous tombez enceinte. Pendant le premier trimestre de votre grossesse, vous faites un rêve récurrent. Une belle fille est assise, seule, sur un ponton au bord d’un lac ; quand la fille tend la main pour toucher l’eau, une main surgit et l’entraîne sous la surface. Au cours du deuxième trimestre, vous rêvez que la fille émerge du lac, en toussant et crachant, à deux ou trois cents mètres du ponton ; elle a l’air mal en point et on distingue d’étranges taches semblables à des runes sur son visage naguère parfait. […] Qu’est-ce que le rêve essaie de vous dire? Que va-t-il advenir de la fille quand vous aurez donné naissance à votre enfant? »

Elizabeth Lord

La Maison des épreuves, Jason Hrivnak, Éditions de l’Ogre, 2017.