Crédit photos: Jean-Charles Labarre

Êtes-vous du genre à vous interroger sur le sens de la vie? Le tourbillon du quotidien vous semble trop souvent vide, sans pertinence? La pièce Assoiffés, fruit d’une collaboration de Wajdi Mouawad et Benoît Vermeulen présentée du 8 au 25 février au Théâtre Denise-Pelletier, risque de vous interpeller. Fort.

En se levant un matin, Murdoch réalise qu’il ne saisit pas. Qu’il n’a jamais rien saisi. Incapable de comprendre le monde qui l’entoure, le jeune homme réagit de la manière la plus logique qui soit pour lui : en parler haut et fort. Cette panique qu’il exprime, beaucoup – sinon tous – la prendront pour de l’insolence, de la fougue d’adolescence. Tout ça avant de disparaître, pour être retrouvé au fond de l’eau quinze ans plus tard dans les bras d’une jeune fille. C’est Boon qui aura la dure mission de découvrir les circonstances entourant ces mystérieuses noyades.

Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. Je sais pas. »

Murdoch parle, réplique, crie, rétorque tout au long de la pièce… Comme s’il était sous l’eau. Si on entendra le jeune homme haut et fort, jamais on ne pourra saisir les propos de ceux qui l’entourent. Excellente idée que ces dialogues brouillés, qui confirment l’impression d’étrangeté : comme si Murdoch s’était déjà noyé, quelques heures avant le temps.

À travers le récit de cette triste mort, et de cette viscérale quête de sens, on découvre aussi l’histoire de Norvège, cette fille habitée d’une vilaine pieuvre, inventée de toutes pièces par un jeune Boon rêvant de devenir écrivain. Dans un joli glissement de sens, la fiction rejoindra la réalité, renforçant l’idée que vraiment, on ne sait pas grand chose.

Sur la scène, trois acteurs qui tiendront tous les rôles à bout de bras. On a la remarquable Rachel Graton; qui va de Norvège à la mère de celle-ci ou de Murdoch, en passant par une femme anonyme dans un autobus. Une comédienne qui devient en elle seule un point d’attention à force de danses spontanées et de gestuelle étrange, malgré ses personnages plus effacés. Il y a aussi Francis La Haye; qui joue efficacement le père de Murdoch et l’anthropologue judiciaire Boon… Et surtout le dynamique Philippe Thibault-Denis, qu’on a connu dans Roméo et Juliette au Théâtre du Nouveau Monde, le fameux Murdoch.

Tout ça dans une mise en scène efficace de Benoît Vermeulen, qui trouve d’ingénieux moyens d’investir et travestir l’espace, sans le surcharger entre projections vidéos et jeux de lumière évocateurs.

Après plusieurs représentations au Canada et en Europe, Assoiffés ne perd pas de sa fougue. Au contraire. On en sort avec bien des questions en tête, et on se doute bien qu’elles sont trop grandes pour espérer un jour y répondre.

Mélissa Pelletier

Assoiffés de Wajdi Mouawad en collaboration avec Benoît Vermeulen, production du Théâtre Le Clou, présentée au Théâtre Denise-Pelletier du 8 au 25 février 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.