Crédit photos : Marie-Claude Hamel

Parce que comparer les points de vue et confronter les idées, c’est notre dada au webzine Les Méconnus (et on aime ça se gâter) : deux journalistes chevronnées se sont rendues au Théâtre de Quat’Sous pour voir Peer Gynt du Théâtre de l’Opsis. Juré craché, Edith Malo et Mélissa Pelletier ne se sont pas lues mutuellement avant publication. Alors, accord total ou visions totalement différentes? Place aux critiques (en ordre alphabétique, excusez-nous pardon)!

Le point de vue d’Edith Malo : 

Le défi était de taille pour Olivier Morin. La pièce Peer Gynt rassemble en effet une pléiade de personnages, de lieux multiples et d’univers féériques. Le comédien relève haut la main le mandat qu’on lui a confié en signant une mise en scène complètement farfelue qui nous fait voyager à travers le monde.

La pièce d’une durée d’une heure cinquante passe sensiblement rapidement grâce aux changements de costumes et d’ambiances sonores. Chapeau à Navet Confit qui signe la musique et à Julie Breton pour les costumes. Son travail est remarquable. Ne serait-ce que pour ces trolls vêtus de haillons, de fourrures, d’une queue et de lunettes de natation. Les acteurs, emmitouflés sous leurs nombreuses couches de vêtements, s’agitent au rythme cacophonique d’une célébration visant à donner la femme en vert pour épouse à cet insatiable menteur compulsif, Peer Gynt (Guillaume Tremblay). Les trolls, les danseuses marocaines, Solveig, le capitaine de bateau, ce ne sont que quelques-unes des rencontres que Peer Gynt fera à travers ses multiples voyages.

Guillaume Tremblay offre ici une prestation fort convaincante d’un homme à la fois vaniteux, séducteur et indolent. Rêveur et frondeur, il cultive une quête fantasque de devenir empereur, semant à tout vent des catastrophes, l’une après l’autre. Il en récoltera les conséquences, poursuivi par une entité incarnée par le comédien Sébastien Dodge. Vêtu de noir, un hâlo blême se dessinant sur son visage, il semble incarner la mort qui veut punir Peer Gynt de son existence criblée de mensonges.

Le ton est humoristique et la langue, bien qu’elle semble articulée dans un français international, est ponctuée d’expressions québécoises. « Où est-ce que tu t’en vas avec tes skis ? », lance Solveig à Peer Gynt alors qu’elle lui explique la réaction des paysans suite à son désir d’aller retrouver cet homme exilé. L’absurdité et les bouffonneries sont à l’honneur dans cette pièce, mais une morale quelque peu cinglante s’accroche à cette histoire complètement surréaliste et loufoque.

Bref, la pièce insuffle une véritable soif de vivre à travers cette quête un peu irréaliste d’être totalement soi-même. Un conte pour tous partagé par une brigade d’acteurs chevronnés dont le plaisir sur scène est palpable et l’énergie, contagieuse.

Le point de vue de Mélissa Pelletier :

C’est un homme charmant et grotesque à la fois, ce genre d’humain qui attire l’attention d’emblée sans qu’on sache trop pourquoi. Est-ce sa fougue innée? Ses belles paroles? Sa capacité à faire onduler son ventre sur commande? Qui sait. Bienvenue dans le monde de Peer Gynt, anti-héros par excellence.

Si les premières minutes – en mode très paysan nordique, disons – ont fait rire, mais aussi sourciller (allait-on vivre toute la pièce sur ce ton?), Olivier Morin a vite fait de nous détromper. Bien vite, la pièce loufoque est commencée… et nous en a mis plein les yeux. Parce que si s’attaquer à un classique de Henrik Ibsen est tout un défi, Morin a su le relever haut la main à l’adaptation et la mise en scène. Peer Gynt au Quat’Sous, c’est échevelé, ça dépasse de partout et c’est beau, bien beau.

Avec audace et aisance, la distribution de choix (Christophe Baril, Émilie Bibeau, Kim Despatis, Sébastien Dodge, Steve Gagnon, Caroline Lavigne et Olivier Morin) nous emmène à travers tous les rêves pathétiques, défis absurdes, idées saugrenues et surtout, conquêtes cocasses de Peer Gynt. Entre le monde des trolls, des contrées enneigées, des voyages en bateau, un asile de fou et des aventures de prophète, les comédiens suivent au quart de tour et changent de mine en un tour de main grâce aux magnifiques costumes de Julie Breton.

Et que dire de Peer Gynt, joué magnifiquement par Guillaume Tremblay? Avec panache – c’est le mot -, l’artiste réussit le tour de force d’être à la fois majestueux et grotesque, suave et tout à fait…ridicule. Parce que ses actions farfelues auront leurs conséquences, et ce ne sera pas nécessairement rose. Un comédien à suivre avec attention, sans hésiter. Et surtout, une pièce sans bémol à aller voir si vous avez besoin d’évasion : attention à l’embarquement pour un tour du monde au coût d’un simple billet de théâtre.

Edith Malo et Mélissa Pelletier

Peer Gynt, du 30 janvier au 19 février 2017 au Théâtre Quat’Sous. Pour tous les détails, c’est ici.