Le concept de la cryogénisation comme moyen d’accéder à la vie éternelle peut sembler séduisant, si improbable puisse-t-il être. Or, si l’on se fie à Realive, le dernier long métrage de Mateo Gil (scénariste de The Sea Inside et de Ouvre tes yeux, le long métrage ayant inspiré Vanilla Sky) présenté récemment en première mondiale au festival Fantasia, on aurait avantage à sérieusement remettre en question cette volonté d’une deuxième vie dans un futur plus ou moins éloigné.

On y suit le cheminement de Marc Jarvis (Tom Hughes), un beau jeune homme à qui la vie sourit à pleines dents jusqu’à ce qu’on lui diagnostique un cancer lui laissant tout au plus un an à vivre s’il commence les traitements immédiatement. Au grand désarroi de la femme de sa vie, Naomi (Oona Chaplin), Marc décide plutôt d’opter pour une autre alternative : se suicider et faire congeler sa dépouille – avant que la tumeur n’ait fait trop de ravages – et ainsi aspirer à une deuxième chance dans un avenir plus scientifiquement avancé.

Par malédiction, le souhait de Marc se réalise. En 2084, il devient le premier homme à être ramené à la vie après avoir été « cryogénisé ». Or, comme on aurait pu s’y attendre , étant donné que la science n’est pas miraculeuse et progresse pas à pas, la première réanimation « réussie » ne se produira pas sans embûche. Le cobaye se réveillera souffrant et faible, et il se retrouvera pour ainsi dire prisonnier du laboratoire qui l’a vu renaître puisqu’il doit être branché à des machines en quasi-permanence via une sorte de cordon ombilical. Les limites physiques que cette nouvelle existence lui impose le décevront inévitablement et le mèneront à vivre presque exclusivement dans ses souvenirs.

Esthétiquement bien joli, Realive est avant tout un film philosophique. Bien que la relation amoureuse entre Marc et Naomi gagne en importance à mesure que le récit avance, ce n’est pas du point de vue des émotions que Realive fait sa marque. Malgré le sourire engageant de Oona Chaplin (la mariée malchanceuse du fameux « red wedding » de Game of Thrones), les souvenirs de la première vie de Marc sont souvent si léchés et les personnages ont si peu de profondeur qu’on croirait regarder une publicité de bière ou d’assurance vie.

La force du film réside plutôt dans les thèmes qu’il aborde et les questions qu’il pose : peut-on avoir l’urgence de vivre sans l’inévitabilité de la mort? Est-ce que la vie, en tant que configuration moléculaire biologique, est vraiment ce qui importe ou perd-t-elle toute son importance lorsqu’elle est dépourvue d’amour, de plaisir et de réalisations? Des références à Frankenstein et à la Résurrection de Lazare viennent ponctuer ce récit qui, à défaut de faire vibrer les cordes du cœur, continue de nous faire réfléchir longtemps après le visionnement.

Guillaume Francoeur

Fantasia, du 14 juillet au 3 août 2016. Pour plus d’informations, c’est ici.