Daniel Parent, Gabriel Cloutier-Tremblay, Sébastien Tessier @ Gunther Gamper

Bienvenue dans L’Orangeraie, l’endroit aux airs de Moyen-Orient qui entoure la maison d’Aziz et Amed. Deux jumeaux, deux petits garçons de 9 ans qui devront bientôt faire face à l’affreux monde des grands dans une pièce inspirée du roman de Larry Tremblay (qui l’a d’ailleurs lui-même adapté pour la scène) et mise en scène par Claude Poissant au Théâtre Denise-Pelletier. Duo terrible qui frappe encore un grand coup. Retour.

Le bruit d’une bombe qui explose donne le ton. Le malheur est proche, c’est palpable. Après la mort de leurs grands-parents, en pleine guerre, les jumeaux confient à un garçon du voisinage qu’ils ont réussi à faire voguer leur cerf-volant loin, loin, de l’autre côté de la montagne. Sans le savoir, Aziz et Amed viennent de creuser l’une de leurs tombes. L’un deux devra, en portant une ceinture d’explosifs, aller de l’autre côté, dans une base militaire ennemie. La suite se devine, bien tristement.

Distribution solide (Gabriel Cloutier-Tremblay, Éva Daigle, Philippe Durocher, Ariel Ifergan, Jean-Moïse Martin, Vincent-Guillaume Otis, Daniel Parent, Jack Robitaille, Mani Soleymanlou et Sébastien Tessier), qui a malheureusement versé dans la monotonie à quelques reprises. Certaines phrases lourdes de sens se sont perdues dans une sorte de manque de conviction collectif. Dommage.

Pas évident non plus de représenter un endroit magnifique qui se détruit à vue d’œil à coups de bombes. Défi relevé entre scènes aux teintes orangées et enfers noirs, deux extrêmes magnifiquement mis en scène par Claude Poissant.

 « Je regarde le paysage nouveau défiler derrière la fenêtre de la portière. Je trouve beau l’espace que fend l’auto. Je trouve beaux les arbres que mes yeux perdent de vue. Je trouve belles les vaches aux cornes badigeonnées de rouge, calmes comme de grosses pierres posées sur le sol brûlant. La route est secouée de joie et de colère. » – Aziz

Un attentat-suicide sordide, affreux, qui sera expliqué sous un autre jour lorsque le survivant se retrouvera en pleine répétition pour une pièce qui lui rappelle cruellement son passé. Impossible de ne pas faire le lien avec les récents événements à Bruxelles, à Paris, partout ailleurs. Le tour de force de L’orangeraie? Si les actes ignobles des terroristes peuvent parfois (hum hum, très souvent) nous sembler lointains et incompréhensibles, Tremblay nous rappelle habilement que devant l’adversité ou la violence, bref devant l’ennemi,  l’humain frappe. Dans certains malheureux cas, explose en emportant avec lui l’objet de sa haine.

Un constat triste, qui est heureusement balancé par la beauté du texte et le lien si fort d’Aziz et Amed. Une beauté qui transcende le spectacle, qui permet d’oublier les petites maladresses et qui, étrangement, donne espoir. C’est en regardant du point de vue de celui qu’on considère comme notre ennemi qu’on peut parfois comprendre. Un peu. Et ces derniers temps, ce n’est pas de refus.

Mélissa Pelletier

L’orangeraie, au Théâtre Denise-Pelletier du 24 mars au 21 avril 2016.